Choix
d'un autre
MOIS
274/
Ier octobre
OCTOBRE
LE MOIS DES VENDANGES ET DU VIN.
Miniature extraite du Golfbook de Gérard Horenbout,
début XVI ème siècle .
British
Museum, Londres
C’est
au moment où les vignobles prennent leurs parures
automnales et qu’explosent les couleurs rouille,
rouges, vertes, jaune d’or, et que les grappes gonflent
sous les derniers chauds rayons d’octobre, que se
prépare l’un des meilleurs moments de l’année
du vigneron. Le cycle solaire bascule de la pleine lumière
à celle de l’ombre. La vigne prodigue ses
fruits et apporte au vigneron matière à
faire le vin de sa renommée.
275/
2 Octobre
LE
TEMPS DES VENDANGES.
Nous
sommes cent jours après la fête de la Saint
Jean. Nous avions dédié cette journée
du 24 juin au « baptême du vin », mais
aussi à la fête de la vigne en fleurs.
Aujourd’hui
c’est la fête dans la vigne. La vigne offre
enfin ses fruits pour la réalisation du nectar.
Le bal des vendanges s’ouvre sur les mélodies
de la cueillette, et la rencontre festive des vendangeurs
assoiffés.
Outre
le côté incontournable de la récolte
des raisins et son lot de vendangeurs tonitruants venant
de tous horizons pour un temps de convivialité,
les vendanges forment le deuxième temps fort du
calendrier du vigneron ;
Ce
travail saisonnier répond à un cycle végétal,
mais aussi à un temps socio- culturel. Nous avons
déjà souligné l’importance
de cette période dans l’expression artistique.
Peintures, musiques, opéras, théâtres,
livres, cinémas, romans, poésies, chansons,
photographies, ont décrit peu ou prou ces scènes
bucoliques et festives qui en définitive, sont
destinées à fournir des revenus à
diverses corporations de la filière viticole, grâce
à la commercialisation des vins.
Tout
au long de ce calendrier, nous avons l’occasion
d’évoquer cette alliance du cycle de la vigne
avec le cycle des divertissements humains.
A
signaler deux ouvrages qui symbolisent particulièrement
ce temps des vendanges.
Celui
que nous avons déjà mentionné à
propos de Gaston Bonheur, ce bienheureux vigneron qui
considérait que les vendanges étaient une
occasion « d’action de grâces »
appelée, « dous a vol » « les
Dieux l’ont voulu ». Nous gardons précieusement
ce petit recueil inédit (145) intitulé «
mes vendanges » et que Gaston Bonheur offrait à
ses amis.
Celui
de Bernard Clavel, illustré des photos de Janine
Niepce, intitulé « les vendanges »,
et survolant des scènes de vendanges remarquablement
fixées par la pellicule. (146)
Mais
la symbolique des vendanges a connu aussi une riche période,
celle du XVIIIe siècle, où la trame thématique
soulignait les vendanges de l’amour. Ainsi florissait
nombre d’opéras-ballets ou de comédies
aux titres évocateurs :
Les
fêtes de l’amour et de Bacchus ( 1672) de
Lully
L’Automne
ou le Triomphe de Bacchus ( 1729 ) de Carolet
Les
vendanges de la foire (1724) de Le Sage et Dorneval
Vendanges
de la Folie ( 1752?) de Collé
Vendanges
du Hasard (1732) de Fuselier
Les
vendanges de Tempé (1745) de Favart
Les
vendanges d’Argenteuil ( 1741) de Favart et Panard
Scène de vendanges ( Photo Marc Heimermann )
Qui
n’a pas, ne serait-ce qu’une fois, vendangé
dans sa vie s’est privé d’un moment
de joie et de rencontres exceptionnelles. Que tous les
vignerons soient ici remerciés pour leur rôle
socialement salutaire.
276/ 3
Octobre
UN
COLLOQUE ŒNOLOGIQUE PARMI BIEN D’AUTRES.
Le
3 octobre 2001,
s’est déroulé à Bordeaux un
colloque intitulé :
«
La vigne et le vin dans la littérature moderne
et contemporaine »
Différents
orateurs sont intervenus sur les sujets suivants :
Jean-Noël
Pascal : "C'était Bacchus lui-même en
grappes transformé" : vendanges poétiques
dans la seconde moitié du Siècle des Lumières
Brigitte
Louichon : Vendanger chez Rousseau, Balzac et Fromentin
Christiane
Prat : Vigne, Vin et Renaissance d'un homme dans L'Espagnol
de Bernard Clavel
Michel
Prat : Le vin d'un Anglais : Lawrence DURREL
(Cet article a fait l'objet d'une communication au colloque
"Le Vin dans ses Oeuvres", organisé à
Libourne par Amancio Tenaguillo y Cortázar (17-19
mai 2001)
Eric
Francalanza : Repas, vin et société dans
les Illustres françaises de Robert Challe (1713)
Yves
Maubant : Le vin des Goncourt : l'autre imaginaire, l'imaginaire
de l'autre
Hédia
Adelkefi : Vin gai, vin triste dans Le Vin de Paris de
Marcel Aymé
Pierre
Deyts : Le vin des pirates
Marie
Delbos-Janet : Ivresses des années folles : Giono
: Un de Baumugnes ; Svevo : Court voyage sentimental,
Boulgakov : Endiablade
Amancio
Tenaguillo Y Cotazar : Le vin et son double : Vendange,
de Miguel Torga
Andrée
Mansau : Paroxysmes de l'ivresse dans Le songe des héros
d'Adolfo Bioy Casares
Marie-Rose
Corredor : Vigne et vin : aux sources de la poésie
catalane
"La
vigne et le vin dans la littérature moderne et
contemporaine"
EIDÔLON
Cahiers du Laboratoire Pluridisciplinaire de Recherches
sur l'Imaginaire appliquées à la Littérature
(L.A.P.R.I.L.)
Articles
réunis par Michel Prat
Université
Michel de Montaigne-Bordeaux 3, Octobre 2001-n° 60
Les
ouvrages disponibles peuvent être commandés
à
L.A.P.R.I.L
U.F.R. de Lettres
Université Michel de Montaigne-Bordeaux
33405 Talence Cedex (France)
277/
4 Octobre
DERNIÈRE
VENDANGE POUR JACQUES DEFRESNE.
Une
petite parcelle de 20 ares, située dans le Val
d’Oise va connaître en ce 4 octobre 1995 sa
dernière vendange.
Son
propriétaire, âgé de 73 ans , le cœur
serré , aidé de quelques voisins va se mettre
à l’ouvrage avec une émotion difficile
à dissimuler. La famille Defresne exploite ce minuscule
vignoble francilien depuis 1342.
Au
XVIIIe siècle, la vigne occupait déjà
près de 3000 ha .Elle avait conquis au XIXe siècle
les pentes du Mont Valérien, et la butte de Montmorency.
Aujourd’hui,
pour ce qu’il en est des cultures, il ne reste qu’un
symbolique espace viticole aux limites des immeubles,
et surtout des arbres fruitiers.
Les
vins d’Argenteuil appelés « picolo
» ont donné le nom de « picoleurs »
désignant les assoiffés parisiens qui zigzaguaient
pour rentrer chez eux.
C’est
ainsi que l’histoire de la dernière vigne
d’Argenteuil, s’est arrêtée après
que la quinzaine d’amis de Jacques Defresne eurent
fini de coller les étiquettes « Clos Mainville
Passenay » sur les 500 bouteilles qui seront consommées
par l’entourage de la famille de Jacques.
Photo extraite de l’ouvrage « les vins de
Paris » Christine Boiron , Glénat
278/
5 Octobre
L’HISTOIRE DE LA VIGNE ET DU VIN INSCRITE DANS LE
TEMPS ET LA DURÉE.
Pourquoi
avoir adopté le calendrier pour décrire
le monde du vin?
Parce
que le calendrier se confond avec l’histoire de
l’humanité. La vigne et le vin étant
le fil conducteur de cette humanité, il nous semblait
judicieux de mêler la formalisation du temps avec
le récit bachique.
Même
si notre modeste quête de l’histoire du vin
et des vins se réduit principalement aux frontières
hexagonales, on n’échappe pas à l’universalité
des références religieuses, politiques et
culturelles. Si aujourd’hui le calendrier est universel,
plus exactement mondialisé, il garde quelques nostalgies
périphériques que nous enseigne l’histoire
de la viticulture.
Nous
avons donc choisi comme référence majeure
le calendrier romain-grégorien celui qu’établit
l’empereur Jules César et que le Pape Grégoire
XIII actualisa. Ce dernier, d’ailleurs réduisit
le calendrier annuel de 10 jours, le 5 octobre 1582, pour
mieux le faire coïncider avec l’année
solaire, mais surtout pour s‘assurer que la fête
de Pâques demeure dans l‘espace printemps.
C’est
aussi un 5 octobre que la Convention imposa le calendrier
révolutionnaire rédigé par Fabre
d’Eglantine en 1790.
Riquewihr Photo M.Heimermann
Le
calendrier c’est une succession de dates (jours,
mois) véritable instrument de mesure que nos ancêtres
utilisaient pour cadencer leur travaux agraires.
La culture de la vigne n’y échappait pas.
Et si le calendrier que nous avons adopté égraine
au jour le jour des noms de saints, c’est pour maintenir
cette connexion entre le temporel et le spirituel, ainsi
que les liens entre les anniversaires religieux et les
fêtes païennes.
Ainsi,
notre calendrier permet des rencontres historiques, évoque
les grandes fêtes religieuses, et relate les nombreux
proverbes liés aux temps qui passent. La littérature
vinique reste prolixe avec ses almanachs régionaux,
ses repères astrologiques et ses calendriers perpétuels.
Pour
coller à une certaine réalité temporelle,
notre présent calendrier du passé et de
l’avenir, va aussi jusqu’à mentionner
le jour précis afin de ne pas se dissocier de la
réalité liturgique. (L’année
de référence est 1900 car elle est symbole
et charnière, mais le calendrier convient aussi
aux années 1990 et 2007…).
Dans
la référence calendaire que j’ai choisi,
le 1er janvier est un lundi, et le jour de Pâques
tombe le dimanche 15 avril.
Des
Saints et des Vins, un calendrier perpétuel pour
maîtriser le temps par le biais de la vigne, des
vins et des histoires de vignerons.
279/
6 Octobre
LES
BACCHANALES EN L’HONNEUR DU DIEU BACCHUS.
Un
débat persiste sur le nom du saint du jour. L’église
dédia cette journée du 6 octobre à
Saint Bruno, italien d’origine, évêque
de Reims et fondateur de l’ordre des Chartreux.
Dans certaines contrées françaises ont célébrait
Saint Bacchès ou Saint Bacques. Certains y voyaient
une homonymie avec Bacchus, d’autant que le «
Bacches » en Alsace signifie « le personnage
du noirci », entendez avoir le visage barbouillé
de noir. De là à faire le lien avec les
bacchanales ( masques, carnaval, fête du vin, fin
des vendanges etc…), le pas de danse est vite franchi.
Nous
préférons faire la distinction de la façon
suivante:
D’une
part les fêtes antiques à la dévotion
du Dieu Bacchus que nous réservons au 6 octobre
( voir aussi 12 février )
D’autre
part les fêtes célébrant la fin des
vendanges en l’honneur de Saint Bacchus ( voir le
lendemain 7 octobre )
En
tout état de cause, cette période d’octobre
marque la fin du cycle des vendanges et le début
du cycle du vin.
Considérons
que le 6 octobre c’est la célébration
du vin avec les désordres divers qui s’ensuivent.
Après
les vendanges, c’est le retour des morts, d’où
cette fête que l’on nommait « dionysies
» chez les Grecs (voir aussi 9 octobre), et «
bacchanales » chez les Romains. Tite Live nous conte
avec nombreux détails comment au départ
les femmes dirigeaient les cérémonies entre
elles, jusqu’à ce que l’une des prêtresses
décidât d’élargir l’orgie
du vin aux hommes. D’où ces débauches,
licences, frénésies sexuelles sous l’emprise
du vin. Ces débauches se répétaient
plusieurs fois dans l’année, jusqu’au
jour où le sénat romain décida de
mettre un terme à cette dépravation humaine.
« La goutte de vin a fait débordé
le cratère ». Ainsi à partir de 186
avant JC, la répression est à son comble.
Parce
que les chrétiens exerçaient leur culte
dans la clandestinité avec des allusions mal interprétées,
les romains assimilèrent très vite les cultes
chrétiens aux bacchanales et usèrent d’une
répression similaire conduisant aux persécutions
et martyres.
Les
bacchanales ont cédé la place aux liberalia
, fêtes plus modérées qui se déroulent
en mars. Le vin préside aux rites du passage de
l’adolescence à l’âge adulte.
Il
s’agit alors des vraies fêtes de vendanges,
celles qui se perpétuent au cours de l’histoire,
et dont la plus grande et la plus célèbre
a lieu tous les 25 ans à Vevey en Suisse.
Si
l’on peut, dans une certaine mesure, rapporter indirectement
la consécration des saints à la suppression
des bacchanales, l’on peut aussi prétendre
que les fêtes de la vigne et des vins sont souvent
liés à l‘histoire des saints protecteurs
ou résulter de quelques réminiscences mystiques
et mythologiques, chrétiennes ou païennes.
C’est
alors que Dieu Bacchus cède la place à Saint
Bacchus
280/
7 Octobre
LA
FÊTE DES VENDANGES EN l’HONNEUR DE SAINT BACCHUS.
On
a vu que les saints ont succédé aux dieux
anciens. Ainsi tout au long de l’année, les
saints vignerons balisent la route du vin, et c’est
ainsi que la route du vin se poursuit tout au long du
calendrier.
Les
saints protecteurs de l’automne sont honorés
lors des vendanges, ou pour la bonification du vin :
Saint
Serge fêté le 7 octobre, ou
Saint Martin (voir 11
novembre) ou Saint Urbain (voir 19
décembre).
Mais
Saint Serge ne se dissocie pas de Saint Bacchus. Ces deux
officiers de l’armée romaine se convertirent
sous Dioclétien. Ils furent martyrisés puis
canonisés.
On dit que Saint Bacque (Bacchus) fut écrasé,
broyé et mélangé à des raisins,
et lorsqu’il s’en alla aux cieux, il éclaboussait
de toute part de son sang comme les raisins déversent
leur jus rouge. On peut y voir une certaine allusion au
pressoir mystique. (Voir aussi le 11
avril).
Plusieurs
édifices religieux furent construits en l’honneur
de Saint Serge et de Saint Bacchus. Et il ne fait aucun
doute que les saints païens ont fondé la pédagogie
chrétienne pour asseoir le nouveau rite. Preuve,
les fêtes vigneronnes de fin de vendanges portent
l’originalité des fêtes bachiques.
Nombre
de farces interviennent au cours des vendanges entre les
jeunes hommes et les jeunes filles. Elles reposent sur
des coutumes ancestrales comme le décrit Van Gennep
dans « farces et amusements des vendanges en France
». La plus connue consiste à barbouiller
le visage de raisin noir si possible ( du « teinturier
» ! ) Ces petites facéties prenaient la forme
de bizutage des nouvelles vendangeuses où se transformaient
en mesure de réprobation ceux qui avaient oublié
l’une ou l’autre grappe dans la rangée.
(147)
Mais
revenons aux fêtes des vendanges, celles qui marquent
la fin des travaux de la vigne et qui s’expriment
sous forme de processions, de cortèges ou de repas
festifs.
De
la marche des vendanges au repos des vendangeurs, ou du
chariot décoré à la dernière
benne fleurie, ou du repas gigantesque à la grande
soirée arrosée, toutes ces manifestations
témoignent d’une nécessaire envie
de célébrer la fin d’une convivialité.
Elle
s’appelle « paulée » en Bourgogne,
« accabailles » dans le Sauternes, ou «
paillou » en Saintonge.
Tout
finit avec des baisers et des fleurs.
Aujourd’hui,
dans chaque région viticole, dans chaque ville
ou commune, s’organisent des fêtes de vendanges,
qui s’égrainent tout au long de l’année.
Muni de son taste, ou de son verre, chacun commence la
longue procession de caves en caves pour découvrir
l’inséparable couple du vigneron et de ses
vins à déguster.
Pour
un parcours des manifestations plus aisé, il existe
un guide des fêtes viticoles qui en répertorie
plus de 300. Des trois Glorieuses ( 16,17,18 novembre),
à la Saint Vincent tournante ( 22 janvier ), à
la fête des vendanges de Bordeaux et son Bacchus
triomphant, le culte de la vigne et du vin trouve sa nouvelle
religion, son culte moderne des bacchanales. (148)
281/
8 Octobre
YQUEM,
SE DECLINE AU SUPERLATIF.
Dans
la dynastie des grands vins, Yquem, le vin de tous les
superlatifs, n’échappe pas à l’honneur
suprême.
Ce
vin est pour le commun des mortels inaccessible à
la dégustation et en prix. A moins d’avoir
son accréditation journalistique ou être
le partenaire privilégié d’une cour
royale ou d’un dirigeant d’État.
Yquem
a survécu à la Révolution, car depuis
1786 soit depuis près de 220 ans se sont succédé
quatre générations de Lur Saluces. Alexandre
dirige toujours ce noble Château, hier en propriétaire,
aujourd’hui en gérant. Si depuis 1999, le
comte Alexandre de Lur Saluces a dû céder
ses parts à Bernard Arnauld ( LVMH), sous la pression
des autres héritiers, il n’en demeure pas
moins le gardien incontestable et incontesté de
ce vin d’exception dont la notoriété
mondiale ne souffre guère de comparaison.
Le
succès de ce vin surréaliste, c’est
la combinaison de différents facteurs qui conduit
au théorème d’Yquem, mise en œuvre
par le régisseur Pierre Meslier depuis plus de
40 ans.
«
Château d’Yquem est un vin plus grand que
la somme de ses parties. »
Déjà,
en 1822, le régisseur de l’époque
Rolland Garros, qui survolait les chais d’Yquem
confirmait la longévité de la garde des
vins ( plus de 60 ans ) comme l’atteste la fac simili
de l’état des stocks du 8 octobre 1822 .

Barsac Sauternes ( Bernard Ginestet ) et Jacques Legrand
Yquem
est la conjonction des trois facteurs principaux que sont
Généalogie ( famille Lur Saluces ), Géologie
( terroirs graveleux sur sous-sol argileux ), Œnologie
( la quintessence de la pourriture noble ). On arrive
ainsi à un vin d’un jaune d’or, dont
les grains de raisin ont été « rôtis,
confits et surmaturés. » (149)
Pour
y parvenir, le modernisme est banni au sein de ce château
fort dressé sur la colline qui borde le Céron.
Les vendanges, pardon, la cueillette se fait à
la main ( si possible par des mains de femmes ), aux ciseaux,
recueillies dans des paniers en bois que l’on déverse
délicatement dans des comportes en bois, lavées
et séchées chaque soir, pour, après
le foulage avec mâchoires en buis, être conservées
dans des barriques en chêne.
La
qualité passe avant la quantité, les quotas
sont toujours calculés à la baisse; Les
100 ha de vignes souffrent au maximum pour donner ce qu’ils
ont de meilleur. En moins de quinze jours, les raisins
ont disparu des rangées tirées au cordeau
et dont l’espacement permet le passage d’un
cheval.
Chaque
année, 60 000 bouteilles, ( au prix moyen de …..)
habillées de l’étiquette la plus dépouillée
quittent les caves enterrées du Château pour
combler les nantis du club fermé des yquémaniaques
.
Yquem,
c’est un vin de femme ou de sirène, un vin
de légende, un vin absolu ( J.P.Kaufmann) un breuvage
des dieux ( nectar), une suavité absolue ( Frédéric
Dard), une extase, bref l’esprit même du
Vin.
282/
9 Octobre
DES
DIONYSIES A LA FOIRE DE SAINT- DENIS.
Il
y a trois jours, le 6 octobre, nous avons évoqué,
les Bacchanales. Aujourd’hui, jour de la Saint Denis,
nous nous transportons un peu plus tôt dans l’histoire
des fêtes du vin, celles du temps des grecs appelées
« dionysies ».
L’ancêtre
mythologique de la vigne et du vin est bien sûr
Dionysos, fils de Zeus et de Sémélé.
Son originalité réside dans sa double identité
que nous livre la mythologie. Sa mère ayant succombé
avant de lui avoir donné le jour, Dionysos fut
arraché aux entrailles maternelles par Zeus son
père, qui aussitôt le dissimula dans sa propre
cuisse. (« Naître de la cuisse de Jupiter
»).
C’est
à Naxos que Dionysos plante pour la première
fois la vigne, il sera le premier vigneron de l’histoire
grecque, succédant à Noé, l’inventeur
biblique.
La
longue histoire de Dionysos, dieu du plaisir et du bonheur,
mais aussi dieu du malheur évoque les deux facettes
du vin. C’est à la fois la meilleure et la
pire des choses.
On
distinguait deux dionysies. Dans la dionysie champêtre,
entre décembre et février. Dionysos était
remercié pour les abondantes récoltes. De
façon un peu similaire, on trouve le temps fort
de la célébration des trois glorieuses en
Bourgogne (voir 16, 17,18 novembre).
Quant
aux dionysies urbaines, elles se situent plutôt
en mars, et durent six jours. C’est la naissance
du printemps.
On
connaît la suite. Ces fêtes vont se transformer
en orgie avec les bacchanales. Dionysos, le bel éphèbe,
se transforme en Bacchus « fétard »
à la panse rebondie.
Dionysos
est dans les mémoires des chrétiens parisiens,
car le premier évêque de Paris se nomma Denis.
On
connaît l’histoire relatée par Grégoire
de Tours qui nous rapporte que le succès de son
apostolat chez les habitants de Lutèce, conduisit
l’empereur Domitien à lui infliger l’épreuve
des supplices.
Pour
finalement être décapité sur le Mont-de-Mars
qui devint Montmartre, cette montagne couverte de vignobles.
Et la légende de nous dire, que Saint Denis prit
sa tête entre ses mains et marcha jusqu’au
lieu appelé aujourd’hui Saint-Denis. En effet,
c’est le roi Dagobert qui fit construire la Basilique.
Il instaura également la foire de Saint-Denis fixée
au 9 octobre. On y commercialisait les vins nouveaux dont
« le Saint-Denis nouveau » ! Cette date a
été maintenue pour célébrer
le souvenir du Saint. Par la suite, la basilique de Saint-Denis
recueillit les tombeaux des rois de France.
Maître de Dreux- Budé
La Crucifixion du Parlement de Paris 1452(Musée
du Louvre)
Les
rapports de Saint Denis avec le vin se retrouvent peut-être,
depuis la nuit des temps modernes, en Bourgogne, dans
la Côte de Nuits, à Morey - Saint - Denis.
Et c’est sous l’égide du maire Jean
Marie Ponsot, qu’en 1961 fut créé
le « Carrefour de Dionysos ». C’est
la rencontre de tous les professionnels du vin. Pour célébrer
cette journée dionysiaque, buvons un excellent
« Clos Saint- Denis » de chez Lignier et fils.
C’est bien le paradis ou l’olympe sur terre.
La boucle festive est ainsi consommée.
283/ 10 Octobre
LE
BAPTÊME AU JURANÇON, UNE COUTUME ROYALE.
Henri
III de Navarre naquit à Pau en 1553. Fut-il baptisé
au Jurançon ? Rien ne le confirme. Mais les vignerons
de la région gardent précieusement cette
référence royale pour parfaire la notoriété
de ces vins pyrénéens.
Il
semble en tous les cas, que cette tradition se perpétue.
Pour preuve cette information recueillie dans l’ouvrage
de H.Combret intitulé « Le livre du Jurançon
» (150)
Le
Jurançon demeure principalement un vin moelleux
à base de Gros Maseng et de Courbu. Cet AOC concerne
une vingtaine de communes pour une superficie de vignobles
d’environ 560 hectares. Il s’étend
de Pau à Oloron Sainte-Marie. Ne pas oublier les
vendanges tardives qui grâce à la situation
géographique de cette région donne des vins
exceptionnels.
284/
11 Octobre
COLMAR
CAPITALE DES VINS D’ALSACE.

Colmar
est connue aujourd’hui comme la ville la plus touristique
d’Alsace, de par ses rues, ses marchés de
Noël et sa région viticole. Certains prétendent,
comme Romain Roland, que c’est la plus belle ville
du monde.
Considérée
comme la capitale des vins d’Alsace, elle pavoise
durant la deuxième quinzaine d’août
avec l’organisation annuelle de la foire aux vins.
A
priori, rien ne démontre que Colmar tisse des liens
forts avec la vigne et les vins. En effet, Colmar était
considérée comme une ville marchande où
s’établissait un commerce florissant animé
par des corps de métiers fort diversifiés
dont entre autres, les commerçants en vin. Un document
intitulé « de par Messieurs les Prêteur
Royal et Magistrats de la ville de Colmar » daté
du 11 octobre 1782 réglemente le commerce du vin,
mais surtout la distribution des vins chez les particuliers
au profit de leurs visiteurs de passage. (151)
Aujourd’hui, l’image viticole de Colmar ce
ne sont pas les grandes exploitations viticoles, même
si quelques rares vignerons élisent encore domicile
intra-muros, ou le fait d’être entouré
de près de 350 ha de vignes de plaine dont 13 appartiennent
à la ville de Colmar. Ce qui fait l’originalité
de Colmar sur le plan viticole c’est que la capitale
des vins abrite le syndicat des viticulteurs de Colmar
et les sièges de certains organismes viti-vinicoles,
dont la Bourse aux vins située à la Maison
des Têtes. Il y a aussi le CIVA (comité interprofessionnel
des vins d’Alsace), et surtout le centre colmarien
de l’INRA.
L’INRA
de Colmar existe depuis 1874. Plusieurs laboratoires travaillent
dans les domaines qui touchent à la découverte
de nouveaux cépages, à la lutte contre les
parasites de la vigne, à l’avenir du vin,
à la résistance de la vigne, etc.…
Des résultats innovants et prometteurs caractérisent
les équipes de recherche installées au 28
rue de Herrlisheim à Colmar.
Cette
recherche s'appuie sur un dispositif de 3 000 m²
de serres et d'installations expérimentales, de
55 ha de grandes cultures et de 15 ha de vignobles riches
de quatre terroirs différents.
Colmar
abrite un double pouvoir, d’un côté
celui du maire qui défend le développement
urbanistique et touristique de la ville, et d’un
autre, celui les seigneurs de la vigne qui dictent leur
loi économique. Les Sparr, les Dopff et les barons
environnants d’Eguisheim à Riquewihr essaient
de faire de Colmar le pôle viticole ayant pignon
sur monde.
Normal,
ne dit-on pas que le septième jour, Dieu se reposa.
Il venait de créer Colmar et donc s’accorda
un pause bien méritée.
285/
12 octobre
CE
PINEAU N’EST PAS UN PINOT.
Maison
Jan Bertin-Roulleau
Il
était une fois, dans une cave, un vigneron charentais
qui par mégarde avait versé du moût
de raisin dans une barrique qui contenait de l’eau
de vie. Il était à mille lieux de se douter
qu’il allait être l’inventeur du Pineau.
Vexé de son erreur, il remisa son tonneau dans
un coin de sa cave. Quelques années plus tard,
notre brave vigneron, intrigué par le tonneau abandonné,
ouvrit la bonde et goûta le contenu. Oh, surprise,
il découvrit un vin liquoreux, doux et très
suave. Il en but et rebut. C’est ainsi qu’est
né le Pineau cher à nos Vendéens.
C’est
le 12 octobre 1945 que l’appellation officielle
fut décernée à ce vin muté
qui se caractérise par l’interruption de
la fermentation par adjonction d’alcool, et se voit
additionné d‘un moût et de cognac «
rassis. » Il peut titrer de 16 à 22°
Il
se consomme frais en apéritif, mais peut aussi
accompagner huîtres, coquillages et poissons. Son
arôme de melon lui vient de l’Ugni blanc,
qui lui confère ainsi son originalité.
Voilà
de quoi compléter la collection inépuisable
des vins de France.
286/
13 Octobre
COMMUNIQUER
SUR LES VINS.
«
La publicité pour le vin sera facilitée.
Un amendement adopté par l'Assemblée Nationale
contre l'avis, timide, du gouvernement assouplit les conditions
de promotion des vins de pays ou AOC.
L
es députés ont adopté mercredi 13
octobre 2004 contre l'avis du gouvernement un amendement
au projet de loi sur les territoires ruraux qui aménage
la loi Evin de 1991 pour faciliter la promotion du vin.
Il sera désormais possible de vanter sa couleur,
son odeur, son goût, son terroir d'origine ou son
cépage dans une publicité.
Soucieux de ne pas brouiller le message de la majorité
sur la sécurité routière, Philippe
Douste-Blazy a tenté d'y faire barrage, mais sans
grande pugnacité.
Sous couvert d'un "aménagement technique",
l'amendement défendu par les députés
pro-vin et adopté par 102 voix sur 114 facilite
la promotion des vins de pays ou d'appellation d'origine
contrôlée (AOC): il autorise en effet la
publicité à évoquer les "caractéristiques
qualitatives" du vin dans la mesure où ces
éléments restent "compatibles avec
l'objectif de modération dans la consommation".
»
(
article du Nouvel Observateur )
Vouloir
parler de vins et communiquer sur le produit n’est
pas d’aujourd’hui !
Publicité
des vins Quinson Fils, Beaujolais années 1990
287/
14 Octobre
LE
VIN NE SE SUCRE QUE PAR NÉCESSITÉ.
Définition
de la Chaptalisation:
Procédé,
appelé également sucrage, consistant à
ajouter du sucre au moût afin d'augmenter le degré
alcoolique du vin. La technique a été préconisée
au début du XIXè siècle par le chimiste
Chaptal pour améliorer la conservation du vin.
(152)
La
concentration des moûts pour augmenter l’alcool
du vin fut un procédé déjà
pratiqué du temps des Romains. Ils mettaient à
chauffer le vin dans des chaudrons, d’où
l’appellation de « vins cuits », alors
qu’au Moyen Age, on se contentait d’y ajouter
du miel, d’où le nom « d’hydromel
»;
Mais
avec l’exploitation de la betterave et la découverte
de la canne à sucre, les viticulteurs adoptèrent
le principe de l’adjonction de saccharose selon
un taux défini par Chaptal: soit 17g de sucre pour
un degré d’alcool.
On
connaît l’opposition des viticulteurs adeptes
des vins biologiques pour ne pas recourir à la
chaptalisation.
Cependant
cette opération d’enrichissement en sucre
est réglementée au niveau européen
ainsi que sur le plan national (cf. le décret du
14 octobre 1954). Ces textes définissent les aires
géographiques de possibilité de sucrage,
les quantités autorisées, quels produits
de base utiliser et les périodes requises.
Ce
que nous en avons retenu, en résumé:
Il
est exclu de recourir à la chaptalisation quand
le raisin est arrivé à très bonne
maturation (soit un ou 2° au dessus du minimum de
l’appellation).
Sucrage
équivalent à 1° en puissance (soit 17
à 18Kg/hl) si le plafond précédent
n’est pas atteint.
288/
15 Octobre
L’IVRESSE OU L’EXTASE DE SAINTE THÉRÈSE.
En
ce jour de la fête de Sainte Thérèse
d’Avila, dite la sœur du Mont Carmel, cette
vierge mystique mais aussi docteur de l’Église,
nous a légué quelques textes très
originaux.
Née
en 1515, outre sa dévotion et son parcours religieux,
elle consacra une grande partie de ses retraites à
écrire. Et nous découvrons que Sainte Thérèse
savait parler du vin et de l’ivresse comme éléments
de transcendance divine.
Extase de Sainte Thérèse de Sébastiano
Ricci 1727
Église
San Marco, Vicence
On
retiendra deux extraits;
Celui
de son ouvrage « le Château de l’âme
» qu’elle compare à un cellier:
«
Je considère le centre de nostre âme comme
un cellier dans lequel Dieu nous fait entrer quand il
luy plaist et comme il luy plaist par cette admirable
union, afin de nous y enyvrer saintement de ce vin si
délicieux de sa grâce, sans que nous y puissions
rien contribuer que par l’entière soumission
de nostre volonté à la sienne, nos autres
puissances et tous nos sens demeurant à la porte
comme endormis. »
Et
celui des « Pensées pour l’amour
de Dieu » où elle invite l’époux
à boire pour découvrir l’ivresse de
l’amour :
«
En disant que son Époux le fait entrer dans ce
cellier tout remply d’un vin céleste, elle
montre qu’il luy permet d’en boire jusques
à tomber dans une heureuse et sainte yvresse. Car
ce grand Roy n’honore pas une âme d’une
si extrême faveur pour la luy rendre inutile. Il
lui permet d’en boire autant qu’elle veut
de ces vins délicieux, et de s’enivrer de
ces joyes inconcevables qui la ravissent dans l’admiration
de ses grandeurs. Ce saint transport l’élève
si fort au dessus de la faiblesse de la nature, qu’au
lieu d’appréhender de perdre la vie en servant
son divin époux, elle souhaiteroit de mourir dans
ce paradis de délices…
L’âme
en cet estat ne sçait pas seulement si elle aime,
tant elle est comme endormie et comme enivrée:
mais qu’heureux est ce sommeil! Que souhaitable
est cette ivresse ! Son divin Époux vient à
son secours. Il fait que, dans cet endormissement et cette
espèce de mort de toutes ces puissances, l’amour
qu’elle luy porte est si vivant, qu’encore
elle ne comprend rien à la manière dont
il agit, il l’unit si intimement à son Époux,
qui est l’amour mesme et son Dieu, qu’elle
devient une mesme chose avec luy, sans que ny les sens
, ny l’ entendement, ny la mémoire ne puisse
y apporter d’obstacle et qu’il n’y a
que la volonté qui comprenne quelque chose à
ce qui se passe. »(153)
289/ 16
Octobre
LA
PLUS BELLE AVENUE DE CHAMPAGNE (S).
Située
au creux de la Marne, la cité d’Épernay
cherche a tenir son rang face à Reims la capitale
de la Champagne et du Champagne.
Rien
n’incite à un séjour touristique,
hormis la visite des grandes caves alentours. Le climat
reste en demi-teinte, souvent humide et froid en hiver.
Mais
Épernay recèle des souvenirs historiques
liée à l’histoire viticole du champagne,
comme la renommée fédération des
syndicats viticoles de Champagne fondée en 1904
et qui organisa au cœur de la ville une grande manifestation
le 16 octobre 1910 contre la fraude et où les vignerons
scandaient en hurlant « A bas la fraude, à
bas la bibine, gare aux fraudeurs ». De la bibine
aux bouteilles de Champagne, ce n’est pas de l’eau
qui a coulé sous les ponts !
Aujourd’hui
Épernay s’enorgueillit de posséder
le siège du CICV, riche organisme de défense
des intérêts et des vignerons et des négociants
champenois. Mais la seconde ville de Champagne, possède
aussi la plus belle, la plus prestigieuse avenue, celle
qui se nomme Champagne.
Le
long de l’avenue Champagne se dressent les plus
belles Maisons de Champagne dont la plus grande et la
plus célèbre est : Moët et Chandon.
Elle fait face à la Mairie, ce qui n’est
pas neutre!
Fondée
en 1743, elle possède près de 600 ha. Moët
et Chandon est placée sous le haut patronage d’un
empereur, Napoléon, ancien client assidu et d’un
religieux qui aurait du être canonisé au
titre de sa découverte à savoir Don Pérignon.
Cette
grande Maison de Champagne ne s’y est pas trompée
en nommant sa cuvée la plus exceptionnelle: Don
Pérignon. Ce prestige et ce luxe s’expriment
de par son contenant à savoir une bouteille façonnée
XVIIIème encapsulée de plomb et d’étain
et habillée d’une distinguée étiquette.
Puis,
lorsque l’on avance un peu plus dans l’avenue,
on distingue successivement la Maison Perrier Jouet, Pol
Roger, puis Boizel et enfin la non moins célèbre
Maison Castellane avec sa croix de Saint André
rouge.
Perrier
Jouet
représente notre choix personnel en goût
De
Venoge se distingue aisément grâce
à sa « cuvée des Princes »
Pol
Roger reste une Maison encore familiale aux caves
souterraines immenses.
Boizel
peut se féliciter d’avoir le meilleur rapport
qualité prix
Castellane
respire l’originalité et doit aussi son succès
à sa volière de papillons, mais surtout
à sa tour construite par l’architecte Marius
Toudoire. (Longtemps, j’ai cru qu’il s’agissait
de la tour de la gare d’Épernay que j’entrevoyais
en coup de vent lors de mes quelques voyages en train
entre Paris et Strasbourg. )
la
tour des Champagnes Castellane
Épernay,
c’est la Champagne, et le champagne c’est
la boisson aux qualificatifs élogieux comme en
témoignent les titres de certains ouvrages dédiés:
« une coupe pleine », « un éclair
de bonheur », « une féerie »,
« au bonheur des lèvres », ou «
un plaisir partagé ».
290/
17 Octobre
LE
CLOS BAUDOIN SANS LIEN AVEC SAINT BAUDOUIN.
A
quelques kilomètres de Tours, sur la rive droite
de la Loire, s’étendent les 1200 ha du vignoble
de Vouvray. On sait que les Vouvray sont appelés
à vieillir longtemps grâce au Chenin.
Ici
la vigne évolue entre tradition et modernisme.
Les rendements demeurent faibles, les vendanges sont tardives,
le pressurage se fait tout en douceur, et la conservation
se fait dans les profondeurs des caves crayeuses. C’est
seulement au mois de mars que ce blanc pétillant
est mis en bouteille pour ensuite séjourner de
longues années sous les couches de tuffeau.
Un
domaine connaît une célébrité
quasi princière. Cette propriété
viticole possède un domaine au nom royal de Baudouin,
« le clos Baudoin » (sans le 2ème u)
et dont le propriétaire porte la tradition de la
cour de Pologne: le prince de Poniatowski.
En
ce 17 octobre est célébré Saint Baudouin
cet archidiacre assassiné à la fin du premier
millénaire à Laon en Picardie. Rien ne le
relie à notre lieu-dit du jour, mais l’évocation
de son nom aura permis d’évoquer le Vouvray.
Le
Vouvray vieux n'a pas usurpé son titre de «
coffre-fort de la mémoire vineuse ». Parmi
les vieux moelleux on cite souvent le Clos-du-Mont du
Domaine Huet, le Domaine Bourillon, le Clos du Domaine
de la Fontainerie ou encore l'indescriptible Vouvray 1874
du Clos Baudoin de Philippe Poniatowski, exprimant une
souveraine harmonie . En millésimes plus récents,
certains grands restaurants proposent aussi le Clos Baudoin
Aigle Blanc 1990.
Dans les caves du Clos Baudoin à Vouvray : le régisseur,
Jean Pénilleau et le propriétaire, Philippe
Poniatowski
(le
grand livre des vins de Loire, photographie Pierre Cottin)
Voici
une cave parmi bien d’autres et qui résume
l’attractivité des vins de Loire et plus
particulièrement ceux de Vouvray.
291/ 18
Octobre
LE
MARIAGE DE SAINT LUC AVEC DAME LA TRUFFE.
Au
sud de Montélimar, en sortant de l’autoroute
à Bollène, on se dirige côté
est, en direction du nord, dans les coteaux du Tricastin.
Cette
appellation est répartie sur 22 communes et couvre
seulement 2 000 ha sur la rive gauche du Rhône,
de la Beaume-de-Transit au sud, en passant par Saint-Paul-les–Trois-Châteaux,
jusqu’aux Granges-Gontardes, au nord. Le terroir
est constitué d’alluvions anciennes très
caillouteuses. Les coteaux sableux situent la limite du
climat méditerranéen. Cette appellation
vient récemment d’être redélimitée
et donne une production moyenne de 1 000 000 hl.
Pour
cette journée placée dans le souvenir du
troisième Evangéliste, Saint Luc, nous avons
retenu cette petite propriété digne du secteur,
et des Côtes-du-Rhône.
Domaine
Saint- Luc 2000
Côteaux du Tricastin
Ludovic Cornillon, Vigneron à Beaume - de- Transit
Cépages
: 60 % Grenache et 40 % Syrah
Mûris
sur des sols argilo-calcaires, les raisins provenant de
vignes âgées de 15 à 30 ans nous donnent
un vin d'une rare intensité pour cette appellation.
Le vin du Domaine Saint-Luc fait partie des meilleurs
AOC du Tricastin. Qu’on se le dise !
Dégustation
:
Riche en fruits et en couleur, avec un nez de violette,
il présente une bouche onctueuse, gourmande et
d'une belle finesse aromatique.
Agréable avec une viande blanche ou encore des
grillades, il saura aussi se faire apprécier accompagné
d'un poisson.
Ce
coin recèle une autre richesse, plus enviée
encore, et qui fait la gloire de l’alliance mets
et vins, il s’agit de la truffe.
Après
avoir quitté le Domaine Saint-Luc, en possession
de bouteilles millésimées 2000, se rendre,
à la saison, au marché de la Beaume-de-Transit,
puis se procurer quelques truffes en rapport avec son
budget, et de retour chez soi, préparer une omelette
aux truffes pour la consommer avec une bouteille du Domaine
Saint-Luc. On atteindra assurément des sommets
de plaisirs qui peut-être prédisposeraient
favorablement aux lectures de Saint Luc.
292/
19 Octobre
LE
ROI RENÉ, VIGNERON EN ANJOU ET EN PROVENCE.
«
A la Saint René couvre ton nez »
On
dit que le bon roi René, Duc d’Anjou et aussi
Roi de Naples et Comte de Provence aurait rapporté
d’Italie des reliques d’un saint portant le
même nom que lui.
Saint
René se fit passé pour le saint imaginaire
d’Angers.
L’histoire
de France nous rapporte que René d’Anjou
fut propriétaire d’excellents vignobles autour
d’Angers et participait personnellement aux vendanges.
Le Roi René,
Portrait
de Nicolas Froment, musée du Louvre (Roger-Viollet)
et la Confrérie des Echansons du Roy René
à Aix
Le
vin d’Anjou ( voir aussi 29 mai ) est un «
Bon Vin », et le duc d’Anjou un « Bon
Roi », c’est pourquoi, la vigne royale a pu
se propager dans le sillage de ce saint homme. Il alla
jusqu’à implanter la vigne dans la vallée
du Rhône et jusqu’en Provence. Cela conduisit
le Roi René à posséder un vignoble
à Gardanne à côté d’Aix-en-Provence.
Amoureux
de la vigne, le Roi René fonda la Confrérie
des Echansons du Roy René. Puis elle réapparut
en 1969.
Le
Roi René décède en 1480 dans sa retraite
provençale. Ne voilà-t-il pas que les anciens
« Coteaux du Roi René » renaissent
fin 1985 en AOC, « Coteaux d’Aix-en-Provence
», soit 500 ans après la mort du bon roi.
293/
20 Octobre
«
ALCOOLS »
Voilà
ce qu’écrit Guillaume Apollinaire le 20 octobre
1905 à son ami André Salman:
«
Tu partiras, dit-on, vendredi pour l’Afrique. Viens
demain avec moi vider une barrique d’eau de vie
ou de vin; Je t’attendrai de huit heures jusqu’à
midi, puis d’une heure à minuit….
J’habite
au Vésinet, 8 boulevard Carnot »
Signé:
Guillaume Apollinaire
«
PS: apporte le tonneau »
On
en déduit vite le trait de ce célèbre
personnage, eu égard à son rapport avec
le vin. Il se résume ainsi dans le célèbre
texte intitulé : « Nuit Rhénane.
»
«
Mon verre est plein d'un vin trembleur comme une flamme
Écoutez la chanson lente d'un batelier
Qui raconte avoir vu sous la lune sept femmes
Tordre leurs cheveux verts et longs jusqu'à leurs
pieds
Debout
chantez plus haut en dansant une ronde
Que je n'entende plus le chant du batelier
Et mettez près de moi toutes les filles blondes
Au regard immobile aux nattes repliées
Le
Rhin est ivre où les vignes se mirent
Tout l'or des nuits tombe en tremblant s'y refléter
La voix chante toujours à en râle-mourir
Ces fées aux cheveux verts qui incantent l'été
Mon
verre s'est brisé comme un éclat de rire
» (*)
Guillaume
Apollinaire, poète tourmenté, n’a-t-il
pas créé ses plus beaux textes, issus de
sa veine malade de la soif, dans son célèbre
recueil « Alcools » ?
(*)
Nous avons déjà rencontré cette ambiance
des bords du Rhin, avec Goethe, le jour de la fête
de Saint Roch à Bingen ( voir 16
août )
294/
21 Octobre
ON
SE PRESSE À LA FÊTE DU PRESSURAGE.
Dans
notre calendrier virtuel, le 21 octobre tombe un dimanche
et c’est le jour de la Fête du Pressurage
à La Caunette dans l’Hérault.
Au
cœur du Minervois, adossé à la Montagne
Noire, ce petit pays déborde de réjouissances
et de manifestations viniques pour célébrer
les vins de la déesse Minerve.
Les
portes des caves s’ouvrent aux amateurs de vins
de Minerve. Ils se composent de rouges pour l’essentiel,
mais aussi du fameux muscat de Saint - Jean - de - Minervois.
Les
festivités commencent le Samedi et se poursuivent
allègrement jusqu’au dimanche soir.
Un
évènement qui mérite une halte.
Côté
vignoble :
A
La Caunette durant la première moitié du
19ème siècle les vignes occupaient 250 hectares,
pour environ un quart des terres cultivées.
La polyculture était dominante: le blé,
le seigle, l'avoine, le vin et l'huile d'olive étaient
les principaux produits exploités.
"Les
vins récoltés sont tous des vins rouges
que l'on vend pour boisson aux habitants de la montagne
qui viennent les acheter dans la commune"
(rapport du service des impôts en 1819).
Au
début du 20ème siècle, la surface
en vignes a doublé (500 hectares) et occupe près
de trois-quarts des terres cultivées (90 % en 1963).
A
partir des années soixante-dix, l'accent est mis
sur la qualité avec des arrachages indispensables.
Aujourd'hui,
La Caunette produit des AOC minervois, des côtes
de Brian, et des vins de pays.
Le
site de La Caunette Cf site internet : saint-pons-de-thomieres@caunette.html
295/
22 Octobre
BRASSENS
CHANTE LE VIN.
Dans
l’immense répertoire de Georges Brassens
qui a marqué la jeunesse des années 1970,
nous avons exhumé cette chanson totalement dédiée
au vin.
Avant
de chanter ma vie, de fair´ des harangues
Dans ma gueul´ de bois, j´ai tourné
sept fois ma langue
J´suis issu de gens qui étaient pas du genre
sobre
On conte que j´eus la tétée au jus
d´octobre...
Mes
parents on dû m´trouver au pied d´une
souche
Et non dans un chou comm´ ces gens plus ou moins
louches
En guise de sang ( O noblesse sans pareille! )
Il coule en mon cœur la chaude liqueur d´la
treille...
Quand
on est un sage, et qu´on a du savoir-boire
On se garde à vue en cas de soif, une poire
Une poire ou deux mais en forme de bonbonne
Au ventre replet rempli du bon lait d´l´automne…
Jadis, aux enfers cert´s, il a souffert Tantale
Quand l´eau refusa d´arroser ses amygdales
Être assoiffé d´eau, c´est triste,
mais faut bien dire
Que, l´être de vin c´est encore vingt
fois pire...
Hélas
! il ne pleut , jamais du gros bleu qui tache
Qu´ell´s
donnent du vin, j´irai traire enfin les vaches
Que vienne le temps, du vin coulant dans la Seine !
Les gens, par milliers, courront y noyer leur peine...
Georges
Brassens est né le 22 octobre 1921 à Sète,
et mourut à l’âge de 60 ans, le 29
octobre 1981 à Saint -Gély -du -Fesc au
nord de Montpellier. Il était le chanteur- auteur-compositeur
adulé de la génération « soixante-
huitarde ».
Georges
Brassens
296/
23 Octobre
UN
VIGNOBLE BASQUE, l’ IROULEGUY.
«
C’est un vin qui fait danser les filles »
Curnonsky
A
1000km et diagonalement opposé à l’Alsace,
s’étale sur les contreforts des Pyrénées
Atlantiques, le plus septentrional vignoble français.
C’est aussi l’une des plus petites AOC, officialisée
seulement le 23 octobre 1970.
Sur
une modeste surface de 90 ha, que se partagent un peu
plus de 200 vignerons, les vignes fournissent tout de
même 10 000hl de rosé, de rouge et de blanc.
(154)
Pour
atteindre ce petit joyau du Pays Basque, il faut se rendre
à Saint -Etienne -de -Baïgorry. Le petit village
d’Irouléguy se situe entre cette dernière
et Saint-Jean-Pied-de-Port.
On
dit qu’autrefois le vignoble d’Irouléguy
faisait le bonheur des ampélographes, car on y
trouvait une très riche variété de
cépages. Les plus connus, de nos jours sont pour
les blancs: le Courbu et les Mansengs, et pour les rouges
: les Cabernets et le Tannat..
La
caractéristique des vignes, comme celle des voisines
du Jurançon, est d’être plantée
en hautain sur de très petites parcelles souvent
construites en terrasses. (On y trouve une similitude
avec les vignes du pays de Martigny en Suisse ).

Vignobles de l’Irouléguy
Je
propose la création d’un jumelage entre les
vins du Pays Basque et ceux d’Alsace. Les similitudes
sont telles qu’elles pourraient encourager la découverte
alternée des originalités locales, (région
frontalière, secteur montagneux, vignobles, langue
locale, maison à colombages, etc…) et surtout
réduire, au moins virtuellement, la distance qui
sépare deux régions aussi accueillantes
sur le plan du tourisme.
297/
24 octobre
HISTOIRE
DU VIN DE VILLARS-SUR-VAR.
Nous
quittons la côte sud- ouest des Pyrénées-
Atlantiques pour atteindre le jour suivant la côté
sud- est de la Méditerranée.
Nous
sommes sur la nationale qui relie Nice à Digne.
A environ une cinquantaine de kilomètres au nord
de Nice, se situe un vignoble d’une quinzaine d’hectares
qui s’étagent entre 250 et 450m d’altitude
et dominent le Var en contrebas. C’est le discret
vignoble de Villars -sur-Var, la plus petite AOC de Côtes
-de -Provence, dans le département des Alpes- Maritimes.
Dès
que l’on parle d’un vignoble local ou régional,
se déroule inlassablement la longue histoire des
évènements qui ont marqué la vie
de la commune et de ses habitants vignerons. La vigne
porte l’histoire des hommes. C’est ce qu’a
voulu démontrer Colette Bourrier -Reynaud, dans
son sympathique essai sur « la longue histoire d’une
appellation contrôlée « Côtes
de Provence » (155)
On
démarre avec les Romains, bien sûr, qui nous
disent que nous sommes, là aussi en présence
du plus ancien vignoble de France. Puis une petite description
religieuse pour nous dire que Villars possède dès
le IVe siècle son oratoire de Saint-Vincent le
Vigneron. Cette chapelle était située sur
la colline Saint-Jean. Puis du XIIe siècle au XIIIe
siècle, le vignoble prit de l’ampleur avec
la présence des Templiers qui avaient fondé
à Villars « Une riche Commanderie »
dépendant de Rigaud.
Puis
il y eut « Les corvées de vin » des
Comptes de Provence jusqu’au XIVe siècle.
Par la suite, le secteur de Villars se développa
sous l’égide des Grimaldi qui avaient imposé
des règlements sur les vignes.
Vers
1550, au lendemain du siège de Nice, les capucins
de Saint-Barthélemy et les franciscains de Saint-Pons
se mirent à apprécier le vin de Villars
« Lou Vin dei Padre ».
Dans
la deuxième moitié du XVIIe siècle,
les vignerons de Villars se voient opprimés par
le Comte Vergagno.
Puis
c’est la Révolution ou Français et
Austro-Sardes se mettent à boire les vins de Villars.
Les vins locaux n’échappent pas à
l’épisode napoléonien pour devenir
« vins d’honneur » lors du rattachement
de Villars à la France en juin 1860.
La
description historique se poursuit avec les maladies de
la vigne, la retraite viticole et la renaissance le 24
octobre 1977 grâce à la consécration
des vins de Villars -sur-Var en AOC « Côtes
de Provence ».
C’est
au « clos de Saint-Joseph » que s’exprime
la meilleure illustration gustative des vins de la vallée
du Var;
298/
25 Octobre
BALADES
DANS LES VIGNES D’ALSACE.
De
retour en Alsace, après 20 ans d’absence,
une grande partie de nos activités de loisir sont
réservés à la découverte pédestre
de cette magnifique région. En compagnie de deux
amis nous arpentons régulièrement les sentiers
vosgiens mais aussi les divers vignobles qui s’allongent
de Thann au sud jusqu’à Wissembourg au nord.
En ce jour de la Saint Crépin patron des cordonniers,
nous nous sommes permis d’associer les chaussures
à la randonnée à travers les vignes
bien sûr !
Les
illustrations iconographiques ci jointes veulent être
un témoignage personnel de la façon dont
s’expriment à nos yeux, lors de nos balades,
les vignobles alsaciens au cours des 4 saisons.


299/ 26 Octobre
LE
VIN C’EST LE PAIN DE L’OUVRIER.
Ce
que l’on retient des livres d’Emile Zola,
c’est la précision et la véracité
des tableaux de la société française
à la fin du XIXe siècle.
L’analyse
sociale du monde ouvrier révlait une réalité
forte, et bien sûr la boisson sous toutes ses formes
arrosait les séances des repas, les moments de
détente ou de détresse, les fonds de bistrots,
et les lieux imaginaires…
Dans
« l’Assommoir » ou « Gribouille
» ou le « Ventre de Paris », la plume
de Zola trempe allègrement dans le verre de vin
ou violemment dans le verre d’alcool.
Extrait:
"Et
le vin coulait autour de la table comme l’eau coule
à la Seine. Un vrai ruisseau lorsqu’il a
plu et que la terre a soif.
Dans un coin de la boutique, le tas des négresses
mortes grandissait, un cimetière de bouteilles
sur lequel on poussait les ordures de la table ….
Les
verres se vidaient d’une lampée, on entendait
le liquide jeté d’un trait tomber dans la
gorge, avec le bruit des eaux de pluie dans les tuyaux
de descente, les jours d’orage… Ah! Dieu de
Dieu!
Les
jésuites avaient beau dire, le jus de la treille
était tout de même une fameuse invention!
La
société riait, approuvait; car, enfin, l’ouvrier
n’aurait pas pu vivre sans le vin,
le
papa Noé devait avoir planté la vigne pour
les zingueurs, les tailleurs et les forgerons.
Le vin décrassait et reposait du travail….
Ils
étaient soûls comme des tiques. On trinquait
à ceux qui passaient. On appelait les camarades.
Le gueuleton s’étalait, gagnait de proche
en proche le quartier de la Goutte-d’Or entier."
"Le
vin, elle le pardonnait parce que le vin nourrit l'ouvrier.
Les
alcools au contraire étaient des saletés
de poisons
qui
ôtaient à l'ouvrier le goût du pain."
Zola
s’est éteint le 26 octobre 1902 sobrement
mais dignement au panthéon de la littérature,
peut-être après avoir bu un vin « couleur
de sang qu’on aurait coupé au couteau »
foi d’écrit vin !
300/
27 Octobre
LES
FIEFS VENDEENS SE METTENT AUX VINS.
A
quelques encablures des grandes plages des Sables- d’Olonne
, s’étendent jusque vers Mareuil des petites
vignes exploitées avec assiduité dans l’espoir
de pouvoir un jour être reconnues hors des frontières
régionales.
En effet, depuis le 27 octobre 1984 date de la confirmation
en VDQS des vins du pays de Vendée, les vignerons
de Mareuil aux Sables -d’Olonne, tentent de trouver
une voie ( ou voix ) pour mieux commercialiser leurs vins
autrement que sur les seules tables des restaurants des
plages et des particuliers locaux.
Ces
vins de Pays se situent sur les coteaux dominant les deux
rivières de l'Yon et de Lay. le vignoble de Mareuil
quant à lui, se répartit sur 10 communes,
couvrant une superficie de 300 ha. La production annuelle
est de 17 000 hl.
Bénéficiant d'un ensoleillement supérieur
à la moyenne nationale, les cépages Chenin,
Chardonnay donnent des vins blancs frais et légers,
le Pinot noir et Gamay, des vins rosés très
typés et fruités, le Gamay, Cabernet et
Négrette, des vins rouges légers, gouleyants
dont les plus capiteux peuvent se garder quelques années.
Que
par cette journée consacrée aux vins du
pays des Fiefs Vendéens, nous puissions rendre
hommage à tous ces vins de pays qui font la richesse
du terroir français.
Nous
sommes le 300ème jour de notre calendrier, que
notre quête des vins originaux, des vignobles connus
et inconnus, des évènements œnologiques
divers, puisse démontrer que le monde du vin c’est
une vis sans fin comme celle du pressoir et un tonneau
percé comme celui des Danaïdes.
301/
28 Octobre
SIMON
UN NOM, SI NON UN VIN
Monsieur
Simon, l’expert en vin.
En
monsieur Simon, l’Angleterre a connu son plus célèbre
spécialiste en vin. Il était de surcroît
d’origine française. Au cours de sa longue
carrière, il parcourut le monde à la découverte
des vins, et exprima ses connaissances dans plus d’une
centaine d’ouvrages dédiés aux vins,
tous écrits en anglais.

Monsieur
Simon, qui avait pour prénom André Louis,
s’est éteint à l’âge de
93 ans. Comme quoi, ou l’écriture sur les
vins, ou la dégustation de ceux-ci, ou les deux
à la fois, ont sûrement influencé
cette longue vie consacrée à la boisson
universelle et presque éternelle.
Château
Simon l’expert en Barsac.
Simon
est à la fois le nom d’une partie de la commune
de Barsac, le nom du protecteur de la paroisse et le nom
du château viticole. Le propriétaire, la
famille Dufour a fait de ce précieux liquoreux
une référence qui tient son rang parmi les
grands du Sauternes. La célébrité
est assurée par la distribution des 24 000 bouteilles
composées à 84% de Sémillon, à
14% de Sauvignon et à 2% de Muscadelle.
Une
palette de jaunes dorés qui nous donne l’occasion
de faire le grand saut vers la cousine : le Château
Simone, reine de la Palette.
Château
Simone l’expert de la Palette.
Roulant
sur l’autoroute, à la sortie d’Aix,
en direction de Nice, à peine passé sous
le viaduc on aperçoit la colline de Meyreuil, située
à droite et qui fait face à la Montagne
Sainte Victoire.
Une
telle situation ne peut que privilégier la typicité
de ce vin qui a fait le tour du monde. Château Simone
c’est l’AOC Palette.
L'AOC
Palette est partie sur un dossier, qui avait été
présenté à l'époque à
l'INAO, demandant l'Appellation Contrôlée
"Château Simone", se basant sur le précédent
de Château Grillet à Condrieu. Château
Simone était une entité parfaitement délimitée.
A l'extérieur du domaine, il n'y avait pas de vigne,
mais seulement de la forêt. C'est l'INAO qui a décidé
d'étendre et de donner ultérieurement la
possibilité à certains vignerons de bénéficier
de l'AOC Palette.
A
partir d’une dizaine de cépages, les rouges
prennent le repos durant trois ans dans des barriques
de chêne pour être dégustés
parfois après plus de dix ans. Les rosés
sont parfaits de même que les blancs.

302/
29 Octobre
LE COMMERCE DES VINS MAIS A QUEL PRIX !
Voici
une anecdote qui remonte au 29 octobre 1707, et qui nous
démontre la complexité de la commercialisation
au delà des frontières. Ce texte est extrait
de l’ouvrage de Marcel Lachivier (156)
En
année d’abondance, il arrivait que les vins
qui passaient la douane coûteraient moins chers
que le droit qui y était établi, d’où
cette remarque désabusée de Begon, intendant
de La Rochelle et propriétaire d’un beau
domaine viticole dans le Blésois, qui écrivait
le 29 octobre au contrôleur général:
«
Je n’ai qu’une ressource qui consiste dans
la vente de 300 tonneaux de vin qui fait douze cent barriques
que j’ai recueillis cette année, dont on
n’offre pas le prix que les poinçons ont
coûté. Il n’y a qu’un moyen de
s’en défaire qui est de les envoyer en Hollande,
mais il y a un impôt à Ingrandes qui excède
de beaucoup le prix du vin et qui en interdit absolument
le commerce. »
Port
au vin à Dordecht (Pays-Bas) XVIIIe siècle,
huile sur toile, Belastingungmuseum, Rotterdam.
303/ 30
Octobre
BIENVENU(E)
A CERTAINES DÉFINITIONS DU VIN.
Vin
des condamnés :
Celui
que buvaient les condamnés à mort en arrivant
au couvent des Filles-Dieu, où ils faisaient une
station quand on les menait pendre à Monfaucon.
Vin
de lit :
Celui
qu’on présentait aux nouveaux époux,
mélange de vin blanc et de rouge effectué
par le prêtre en signe d’union.
Vin
bâtard :
Celui
qu’on coupait d’eau
Vin
à trois feuilles:
Celui
qui avait trois ans d’âge et avait vu trois
fois la vigne donner des feuilles.
Vin
à une oreille:
C’est
le vin bon. Car ceux qui l’on but penchent une oreille
en signe d’approbation.
Vin
à deux oreilles:
C’est
le mauvais vin. Car ceux qui l’ont bu secouent la
tête pour indiquer qu’il ne le trouve pas
bon.
Cette
liste peut être complétée au gré
de vos lectures bachiques
304/ 31
Octobre
QUAND
UN VIN DE SAINT-QUENTIN FAIT BON TEINT.
De
la Rome du II siècle à la Somme du III siècle,
Saint Quentin laissa l’image d’un martyre
que vénéraient ensuite « les enflés
» !
Il
donna son nom à la ville et ses reliques furent
transférées au VI siècle à
Noyon.
Aucun
lien ne lie Quentin au vin, hormis de subtils jeux de
mots ou d’allusions risquées que nous éviterons.
Et pourtant dans certaines régions viticoles Saint
Quentin a donné son nom à quelques communes
viticoles. Pour ne citer que:
Saint-Quentin-de-Baron
( Bordeaux)
Saint-Quentin-de-Cap-
long ( Bordeaux)
Saint-
Quentin-les-Beaurepaire ( Centre)
Saint-Quentin-les-Marais
( Champagne)
Saint-Quentin-sur-Indrois(Centre)
Saint- Quentin-de-Baron
Vins A.O.C. : Le Bordeaux, le Bordeaux Supérieur
et L'Entre Deux Mers