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MOIS DE FEVRIER

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32/1er Février

LES TAXES SUR LES ALCOOLS, CHEVAL DE BATAILLE POLITIQUE.

Vins et alcools sont à la croisée des chemins politiques, économiques et sociaux.

La captivité de François Ier vit la naissance de l’impôt sur le vin par lequel il fallait payer l’énorme rançon nécessaire à sa libération de sa prison d’Espagne. L’Etat, les taxes et l’alcool sont totalement associés.

Chaque équipe gouvernementale en France s’est arrogé le privilège de taxer les vins et alcools comme moyen premier de subvenir en recettes fiscales, et secondairement au prétexte de réduire les consommations abusives d’alcool (voir 15 février). C’est sans compter avec le monde de la viticulture qui représente une part non négligeable de la population active et c’est aussi sans compter avec l’ensemble de la population consommatrice.

Ministres de l’Agriculture ou Ministres des Finances, ils purent se rendre célèbres par nombre de textes de lois , de décrets et autres injonctions qui ont marqué l’histoire du monde viticole.

A titre d’illustration citons le fameux épisode de la taxation des armagnacs qui connut son paroxysme social le 1er février 1981, en pleine campagne électorale pour la présidentielle.

En tentant d’augmenter de 50% les taxes sur les eaux de vie classiques, le gouvernement barriste se met à dos la corporation et malgré la hardiesse du député Hardy à en limiter le montant. Mais c’est sans compter sur la fougue du député local André Cellard grâce à qui les dégâts purent être limités, non sans provoquer la naissance d’un « front du refus ».

Armagnac, Alcool, Augmentation des taxes, une voie assurée pour faire son entrée dans les hautes sphères politiques, puisque le député de l’Armagnac obtint quatre mois plus tard le poste de Ministre de l’Agriculture dans le gouvernement Mauroy. (10)

Nous sommes à, la veille de la chandeleur, « l’hiver passe et prend rigueur ».


33/2 Février

L’OURS ET LA VIGNE DE LA CHANDELEUR.

"A la chandeleur

sors le sécateur,

dans un coin mets

fuseau et rouets"

40 Jours après la naissance du Christ, l’imaginaire populaire voit sortir un ours ou un homme sauvage de sa caverne, on est le 2 février.

Ce même jour marque aussi les relevailles de la Vierge dans le calendrier liturgique. C’est l’annonce d’une nouvelle période de fécondité. En effet, quarante jours après une naissance, la femme retrouve sa fécondité.

2 février, c’est la fête de la chandeleur :

Serait-ce le premier jour de carnaval (le début des fêtes dionysiaques du temps des Romains) et le dernier jour des veillées hivernales ? C’est en tous les cas, le premier jour de travail dans les vignes.

Ainsi, s’il fait clair ce jour du 2 février, l’ours rentre à nouveau dans sa caverne et l’hiver est prolongé de quarante jours. S’il fait sombre, l’ours sort définitivement de son abri et c’en est terminé de l’hiver.

C’est pourquoi, l’homme sort sa serpette le 2 février pour aller tailler la vigne. Et les femmes pénètrent pour la première fois dans les vignes pour nouer les sarments à l’échalas.

Symbole du passage de l’hiver au printemps, c’est le port du masque des morts (allusion aux fêtes romaines, de la cérémonie du passage du fleuve ( carnaval de Bâle ), de la procession des boiteux ( le jour de la chandeleur à Andlau en Alsace ), celui de l’ours dans la constellation Acturus ( projection de l’ours terrestre dans le ciel ).

L’ours d’Andlau (68) Photo Marc Heimermann

Les vignerons alsaciens voient dans la chandeleur une fête où les âmes des morts se mettent à circuler pour redonner fertilité.

Allumer les chandelles, c’est rappeler le feu purificateur et montrer que la Lumière s’est manifestée au monde.

De même, le cérémonial des crêpes, minces et fines galettes légèrement ondulées, symbolise aussi cette Lumière qui se propage en ondes légères.

Isabelle Blanquis a parfaitement illustré ces traditions populaires selon les aléas du calendrier viticole dans deux magnifiques ouvrages (11) et (12)

Nous reviendrons parfois sur ces deux références.

Un petit clin d’œil, au passage, à un vignoble des Corbières situé à Floure et propriété de Suzan et Peter Munday:

« Le Domaine des Chandelles »

"Chandeleur borgnette,

vendange est faite"


 

34/3 Février

LE SOUFFLE DE SAINT BLAISE.

Cette fête s’inscrit également dans le cycle de Carnaval.

Au lendemain de la chandeleur, à Lembach, petit village alsacien au pied des Vosges,

on bénit le 3 février du vin dans des coupes contenant les reliques de Saint Blaise.

Ainsi, chacun boit un peu de sang du saint pour guérir des maux de gorge ;

Car, il faut préciser qu’en allemand « blasen » veut dire le souffle. C’est pourquoi Saint Blaise est célébré comme patron du souffle, des maux de gorge, donc de l’air qui passe….

C’est aussi le patron des âmes des morts.

Est-ce à dire que le fait de souffler dans le ballon, c’est comme s’en remettre à Saint Blaise, afin d’éviter les foudres de la répression.

Du souffle éthylique aux airs évanescents, Saint Blaise protège ceux qui modèrent leurs élans.

École portugaise, Saint Blaise, 1475-1500, collection particulière

 



35/4 Février

GROS PLAN SUR VÉRONIQUE OU LA FOLLE BLANCHE.

Véronique serait –elle devenue folle ?

Non car, il s’agit de fiole ! En effet, dans le pays nantais, on embouteille le fameux Gros Plant (un vin de qualité supérieure) dans des bouteilles appelées « Véronique » et qui comportent 3 anneaux sur le goulot afin de les distinguer des autres bouteilles originaires de la Loire.

Mais la Folle Blanche c’est aussi le nom du cépage découvert par Guillot au Loroux – Bottereau situé en Loire Atlantique.

La Folle Blanche aime se donner des noms variés d’une région à l’autre ( Enrageat en Gironde, Fou en Dordogne, Picpouille dans le Gers, Rochelle blanche dans l’Aube, Ugne Blanche dans l’Ariège etc…)

Mais en pays nantais la Folle Blanche s’est transformée en Gros Plant.

Faire un gros plan sur ce célèbre cépage au nom hystérique, c’est souligner son feuillage blanc frisé dont chaque feuille a le limbe découpé comme celui du chasselas (parole d’ampélographe !).

La Folle Blanche était très célèbre avant la crise phylloxérique, car elle représentait le cépage de base des vins Charentais pour donner, après distillation, le cognac et l’armagnac.

Sachez enfin, que posséder des Véroniques, c’est aimer les vins de folle peu alcooliques et toujours acides.

A boire sans tarder, toujours avec modération, et bien sûr avec régal, lorsqu’ils sont accompagnés de quelques fruits de mer.

Sur certains tableaux anciens (Hans Memling ou Jérôme Bosch) Sainte Véronique est représentée, toujours avec un visage très blanc et elle tend le linceul blanc sur lequel se dessine le visage du Christ.

Folle Blanche B. INRA



36/5 Février

DE SAINTE AGATHE A SAINT AVIT.

« A Sainte Agathe va à ta vigne

Si ce n’est pour y travailler

Du moins pour y déjeuner »

Le calendrier contemporain cite Saint Avit au 5 février, alors que le calendrier liturgique célèbre le même jour Sainte Agathe ( voir plus haut).

On connaît peut être « l’horrible sort » qui fut celui de Sainte Agathe, dans les supplices atroces que lui infligèrent ses bourreaux parce qu’elle défendait sa chasteté.

On représente souvent Sainte Agathe, les seins coupés, posés sur un plateau, et tenant en sa main une tenaille!

Point de rapport avec la vigne, si ce n’est par assimilation à la symbolique divine du sacrifice humain. « Verser son sang par amour »

Tout le contraire, dans le rapprochement de Saint Avit avec le vin.

Ici, « On verse le vin pour son plaisir »

Est-ce pour cela que dans les environs de Bordeaux Sainte-Foy, la foi dans les vins bordelais est manifeste, plus particulièrement, dans les communes de Saint-Avit-de-Moiron et de Saint-Avit-du- Soulège ?

Sans oublier ces autres petits vignobles situés sur la commune de Saint-Avit en Charente dans le canton de Chalais et plus au sud de la Gironde : Saint-Avit- Frandat dans le Gers.


37/6 Février

DEUX SPIRITUELS GASTON.

Deux figures emblématiques, dont le prénom les rapproche sur l’autel de la célébration bachique.

Gaston Bachelard, le philosophe devenu poète et Gaston Roupnel l’historien devenu philosophe;

Tout les réunis dans cette quête du rapprochement de la vie spirituelle, de la vie terrestre, ou inversement.

Bachelard naît en 1884, soit treize ans après Roupnel , qui meurt en 1946, soit seize ans plus tôt que Bachelard.

Tous les deux enseignent à Dijon , Gaston Roupnel comme professeur d’histoire à la faculté des lettres, Gaston Bachelard comme philosophe.

Deux livres fétiches :

« Histoire de la campagne française » écrit par Gaston Roupnel avec de nombreux passages traitant des activités viticoles de nos régions.

« La Terre et les Rêveries du repos » de Gaston Bachelard avec un chapitre consacré au vin et à la vigne des alchimistes.

En épigraphe à ce chapitre X, G. Bachelard cite un extrait de l’Histoire de la Campagne française, (13)

« Comme me disait Gaston Roupnel , la vigne crée tout, même son sol. « « C’est la vigne elle même qui, en entassant ses débris et ses déchets, s’est construit son propre terroir, et s’y est composé la noble et subtile essence dont elle nourrit son fruit. » »

Qu’est- ce que le vin, se demande Bachelard ? « C’est un corps vivant où se tiennent en équilibre les esprits les plus divers, les esprits volants et les esprits pondérés, conjonction d’un ciel et d’un terroir. »

Et c’est là que se rejoignent encore plus nos deux philosophes poètes.

Romain Rolland, disait d’un ouvrage de G. Roupnel qui échappa au prix Concourt, qu’il n’avait jamais lu un livre qui réalisât une harmonie aussi haute, aussi pleine de science et d’amour. Il parlait de « Siloé ».

Gaston Roupnel, Père spirituel de la Confrérie des Chevaliers du Tastevin, chantre de la terre bourguignonne, rejoint définitivement et le plus modestement, sa terre d’élection, en reposant définitivement aux pieds du vignoble de Gevrey- Chambertin, véritable retour aux sources colorées de pourpre et d’or.(14)

G. Bachelard s’interrogeait sur le pourquoi du rouge et doré du vin. Comment le vin peut-il avoir tant de couleurs ?

Assurément, le vin « est vraiment aux deux pôles de la plus grande des transmutations, la transmutation du vieil or en jeunesse humaine ».

Des Côtes d’Or, Gaston Bachelard , après avoir gagné le temple de la haute spiritualité intellectuelle qu’est la Sorbonne, légua, non sans prestige, son œuvre imaginaire aux grands existentialistes de la Capitale.

Et d’affirmer que « le vin est vraiment un universel qui sait se rendre singulier, s’il trouve toutefois, un philosophe qui sache boire ».

Chers Gaston, comme vous, on ne peut qu’associer la vigne au bonheur !. Référons nous, en cela à un ouvrage peu répandu, écrit par un troisième Gaston, sous le titre : « Mes vendanges » (15), nous avons cité :

Gaston Bonheur !


38/7 Février

DE L’ARROSAGE DES VIGNES DE SAINTE-EUGÉNIE.

Sainte Eugénie vierge martyre vers 250 de notre aire fut décapitée après avoir chaque fois survécu à la noyade forcée, au bûcher et à la fosse aux lions.

On peut imaginer par une association un peu hasardeuse que la vigne peut aussi connaître le martyr.

Dans les contrées languedociennes souvent le vignoble connaît le désastre de l’eau, du feu voire l’arrachage intempestif.

L’anecdote qui suit démontre au contraire que pour préserver les vignes de Sainte Eugénie il est nécessaire d’avoir recours à l’eau.

Dans son ouvrage, « Les Vignes » datant de 1895, Müntz traite plus particulièrement de recherches expérimentales sur la culture et l’exploitation des vignes. (16)

Il s’intéresse, à un moment dans ses études, plus particulièrement au Domaine baptisé Sainte-Eugénie qui appartient à cette époque à Auguste Dreyfus.

Les vins que donne ce domaine sont des vins de plaine avec pour cépage principal le Carignan, car il se situe dans cette riche vallée alluvionnaire qui s’étend entre Prades et la mer, et où s’écoule le torrent de la Têt.

Les vignes de Sainte-Eugénie sont ainsi plantées profondément dans ses fertiles alluvions, ce qui donne un vin à plus forte densité alcoolique que les vins du bord de mer.

Müntz nous précise que compte tenu de leur situation géographique, les vignes de Sainte-Eugénie peuvent être soumises à l’arrosage. C’est pourquoi l’on parle de vignes situées à l’arrosage.

Or paradoxalement, cette contrée qui bénéficie de l’apport des eaux des Pyrénées et des Corbières, n’a besoin d’arrosage que fort accidentellement.

C’est peu avant 1890, que cette contrée a été plantée en vignes, juste après la crise du Phylloxéra. Ainsi le domaine de Sainte-Eugénie participa à la prospérité des vins roussillonnais jusqu’aux évènements sociaux qui ont gagné toute la corporation viticole vers 1907, pour enfin réussir la reconversion d’aujourd’hui.


39/8 Février

GIVRY, LE VIN D’HENRI IV.

Givry s’est vu décerné l’AOC le 8 février 1946. Petit village de la côte Chalonnaise à l’extrême sud de la Bourgogne, il se caractérise par un vin rouge issu du pinot noir à jus blanc.

Le décret fixe le rendement de base à 45 hl par hectare. La récolte moyenne avoisine les 8000 hl sur près de 170 hectares. Givry et ses trois communes avoisinantes, produisent en majorité des vins rouges, beaucoup moins de blancs, quoique excellents à la dégustation. Les rouges sont généralement comparés aux Volnay.

Le nom de Givry proviendrait du nom gaulois de « gabros » qui désigne le bouc. Or le bouc demeure l’animal consacré dans l’Antiquité au Dieu Dionysos.

Outre le vin, Givry possède comme ressources, le blé (d’où la célèbre halle au blé ronde comportant huit portes d’accès pour les attelages) et la forêt puisqu’elle représente sur le ban communal une surface de plus de 1000 hectares.

Givry c’est aussi l’association avec le roi Henri IV qui en avait fait son vin de prédilection, alors qu’il résidait en compagnie de la belle Gabrielle d’Estrées, au château de Germolles appartenant à la comtesse flamande Marguerite de Flandre.

D’où la naissance en 1966 de la Confrérie des Chevaliers du Cep Henri IV. La Confrérie compte près de 200 chevaliers qui se réunissent le dimanche précédent le 22 janvier pour un chapitre solennel dit de la Saint Vincent. (17)

Lorsque apparaît le roi Henri IV muni de son panache, en plein milieu de la cérémonie, le faux roi déclame le quatrain suivant :

« Bien que je sois un franc Béarnais de naissance

La Bourgogne saura me changer pour toujours

Le bon vin de Givry reçoit ma préférence

Le château de Germolles abrite mes amours. »

Notons enfin que le premier dimanche de septembre, Givry organise chaque année, sa fête de la Vigne.

Cette fête est placée sous le dicton grivotin bien connu :

« Pour avoir de l’esprit

Buvez du Givry

Le bon vin du roi Henri. »

Le vignoble du clos des celliers à Givry

Les Confréries en Bourgogne Marie Thérèse Berthier et John Thomas Sweeney ( éditions la Manufacture)



40/9 Février

LE CLOS DE SAINTE APOLLINE.

Non loin de la Vallée Noble, en quittant la ville de Rouffach sur laquelle veille Saint Urbain, patron des vignerons d’Alsace, ( voir 19 décembre ), on empruntera un chemin sinueux qui conduit sur le coteau appelé Bollenberg situé au sud de Westhalten.

Le Bollenberg (colline dédiée au dieu soleil des germains) est une colline à la caractéristique double : celle du versant Est, couvert de hautes herbes ondoyant sous l’effet des vents du sud et qui lui donnent une allure de landes sauvages et celle du versant Ouest sur lequel s’étendent les longues rangées de cépages aux couleurs jaunes et ocres.

A l’horizon proche des ballons vosgiens, se dresse une petite chapelle blanche, appelée « chapelle des sorcières » alors que longtemps elle fut un lieu de pèlerinage en l’honneur de Sainte Apolline jusque vers la fin du XIXe siècle.

Chapelle du Bollenberg. Photo Marc Heimermann

Aujourd’hui, ce lieu magique, a retrouvé ses sources historiques lorsque ce riche domaine viticole appartenant à la famille Meyer fut baptisé « Clos Sainte-Apolline ». Grâce au terrain calcaire et à un micro climat similaire à celui des régions méditerranéennes, on obtient un vin blanc exceptionnel au bouquet des plus spécifiques, comme le sont les autres vins tous classés grands crus, des collines avoisinantes aux noms locaux évocateurs :

Le Zinnkoepflé, le Vorbourg, le Steinert et le Strangenberg.

Un séjour au Domaine du Bollenberg, sous l’aile protectrice d’Apolline, ce sera, à n’en pas douter une véritable cure gastronomique et œnologique. A moins que votre état de santé vous contraigne à pousser un plus dans la vallée et à vous arrêter pour une cure plus thermale grâce aux eaux de Soulzmatt (les sources Nessel )

Dans les deux cas, ce sera un retour aux sources.

Nb : vous aurez observé que Sainte Apolline est toujours représentée tenant une dent pincée dans une tenaille.

Allusion à sa mort sur le bûcher, qui suivit celle de l’affreux supplice de l’arrachage de toutes ses dents.

Elle est ainsi devenue la patronne des chirurgiens dentistes.


41/10 Février

SAINT ARNAUD POÈTE BACHIQUE.

Arnald de villa nova

« Quelle odeur sens je dans cette chambre ?

N’est ce point ce vin qui pétille

Dans le cristal que l’art humain

A fait pour couronner la main

Et d’où sort quand on veut boire

Un air de framboise à la gloire

Du bon terroir qu’il a porté

Pour notre éternelle santé »

Saint Arnaud, poète du XVII ème siècle

A signaler également que nous devons l’existence de l’alambic, à Arnaud de Villeneuve ( médecin, diététicien et connaisseur de vin ) qui le découvrit en Orient et en importa le principe de la distillation des alcools.(1309)



42/11 Février

LA ROUSSETTE DE SEYSSEL, SON ALTESSE DE SAVOIE.

A peine le Rhône sorti du lac Léman, à quelques kilomètres de la frontière genevoise, le voici se diriger vers le Lac du Bourget.

C’est aux limites des départements de l’Ain et de la Haute Savoie que se situe de chaque côté du fleuve l’une des toutes premières AOC de Savoie : le vignoble de Seyssel de par le décret daté du 11 février 1942.

Environ 80 hectares sont exploités et tardivement vendangés. Deux cépages caractérisent ce vin considéré déjà en 1931, par le Dr Paul Ramain comme « le meilleur vin blanc de Savoie », il s’agit de l’Altesse et de la Molette. Compte tenu de la configuration géologique de cette région, la production reste modeste (environ 4000 hectos)

L’Altesse ou Roussette trouve son origine dans l’île de Chypre et se caractérise par l’arôme de la violette. Le duc de Savoie marié à la comtesse de Lusignan, elle même propriétaire de l’île, donna l’occasion à Louis II de l’emporter dans ses bagages,.

La Molette, en référence à la tendreté de sa chair rentre dans la composition des vins de Seyssel mousseux ; Sa caractéristique gustative est de laisser un goût un peu âcre et herbacé.

En tous les cas, ces deux cépages font de notre Roussette, un vin de Seyssel exquis, d’un beau jaune paille.

Le vieillissement en cave confère à ce vin des couleurs dorées et une grande finesse à la dégustation.

A signaler une maison très recommandable : la Maison Mollex (Molette oblige !) dont on peut souligner la qualité des vins en provenance du Clos de la Péclette ou du Clos de la Taconnière. Tout un programme !


43/12 Février

DIONYSOS ET BACCHUS S’INVITENT AU CARNAVAL.

Thucydide ( II,15 ) nous relate que les plus anciennes fêtes de Bacchus appelées Anthestéries duraient près de trois jours, du 11 au 13 février du mois Anthistérion.

Le premier jour est consacré au vin, le deuxième, soit le 12, aux cruches qui sont autant d’occasions de concourir qui s’offrent à ceux qui ingurgiteront le plus rapidement le cruchon de vin. Alors que le troisième jour est plutôt consacré aux rites funéraires sous forme de libations faites à partir de l’eau. Serait ce là, la correspondance plus tardive avec la cérémonie dite des cendres dans la religion catholique ?

Ces bacchanales ( pour la Rome antique ) sont les fêtes qui rythment le passage de l’hiver au printemps et qui sous l’effet de l’absorption d’alcool, laissent libre cours aux divagations sexuelles. Ainsi l’ivresse mystique du vin, ce culte de l’excitation permet à une communauté de s’adonner à tous excès et libertés jusqu’à vouloir s’identifier à toute divinité.

D’où les processions antiques avec phallus en évidence pour confirmer la virilité, de la même façon que les fêtes carnavalesques récentes laissent libre cours aux formes de libertinage.

Toute l’histoire de Dionysos et de Bacchus le Dieu gréco-romain nous plonge dans le monde des fêtes et danses, passant alternativement entre la réalité quotidienne ( la science de la vigne ) et le monde de l’exception avec le théâtre ou le carnaval ( les élans du boire ), en somme toute la symbolique du passage de la vie à la mort.

Le Dionysos grec apparaît toujours masqué se rendant ainsi à la fois présent et absent, donc d’une identité plus qu’équivoque.

Habitant les puissances de la vigne, le jaillissement de son suc fait précipiter l’humain dans la bestialité ou vers l’extase divine.

La transgression dionysiaque est sociale. Tout carnaval, et ses défilés de masques et de travestis, ses orgies, ses règlement de compte, ses défoulement collectifs sont présents dans de nombreux pays ( Bahia, Haïti, Venise, Bâle, Cologne, etc…)

De nombreux ouvrages se sont consacrés à cette mythologie, car elle traverse toute l’histoire de l’humanité et accompagne le processus de production des vins tout au cours de notre civilisation. (18)

Le vin est bien associé au di-vin. Si ce n’est, au moins le temps d’une fête.

Extrait d’un dessin de Blachon


44/13 Février

SAINTE BÉATRICE, L’INVITEE DE LA PRINCIPAUTÉ.

C’est l’histoire d’un restaurateur monégasque, qui, las de son travail très prenant, décida un jour de trouver un coin de repos, loin du tumulte des touristes et des emprises mobilières.

C’est ainsi que Jacqueline et Jean Pierre Novaretti découvre sur la commune de Lorgues, en pleine garrigue leur cabanon de prédilection entouré de quelques vieux pampres de vigne.

En 1980, Jean Pierre Novaretti récolta sa première vendange.

Le domaine allait prendre de l’essor. Baptisé Sainte Béatrice en l’honneur de sa deuxième fille, le domaine produit tout ce que la contrée connaît de cépage et fournit à lui seul 65% de ses 100 000 bouteilles sur les seuls grands restaurants et hôtels monégasques. Une façon, pour ce couple entreprenant, de ne pas renier ses premiers pas dans la Principauté.

Rouges, rosés et blancs forment la palette tricolore d’un domaine viticole à la renommée assurée et digne des meilleurs vins de la côte provençale. (19)


45/14 Février

LES AMOUREUX DU VIN

C’est la fête des amoureux, la fête de l’amour. Le Printemps est proche, encore un mois. D’ici là laissons nous griser par les pensées volages. Peynet aura su toute sa vie illustrer le petit couple magique. Il s’en est allé la veille de la fête qui lui aura été fatidique. Ce qui bien entendu rendit tout le monde fort « peiné ».

En hommage, nous illustrons, en ce 14 février parmi l’un de ses nombreux dessins, celui qui ornait le menu du chapitre des vendanges qu’il présidait en 1975 au Château du Clos-de-Vougeot.

Et si l’amour, c’était la vigne ! ou la vie. Amour et vin sont-ils compatibles ?

On savourait déjà avec les poètes du XVe siècle le vin amoureux.

En tous les cas, toute une tradition veut en effet qu’on choisisse.

Il y a une vie pour aimer, et une vie pour boire.

« Que le vin et la musique réjouissent le cœur de l’homme, mais que l’amour de la sagesse surpasse l’un et l’autre »

L’Ecclésiastique XL, 20

Dessin de Peney 1975


46/15 Février

LE ROI ALCOOL OU LE DÉMON DES BUVEURS.

La mention inscrite sur toutes publicités françaises à savoir : « l’abus d’alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération » est la suite logique d’un long combat entre les producteurs de boissons alcoolisées, les consommateurs et les pouvoirs publics.

On peut affirmer que la consommation d’alcool, qui suivait la progression des surfaces productives en vin atteignit un jour une côte d’alerte. L’on multiplia dès lors les productions d’alcool par distillation des surplus de vin.

A l’origine, l’alcool pur était considéré comme remède pour accroître la longévité, d’où le nom d’ « eau de vie » ! Les œuvres d’Ambroise Paré en témoignent sur les bienfaits de « l’âme ou de l’esprit du vin ».

C’est ainsi que grâce à l’impulsion des ordres monastiques, se développèrent à partir du XIIe siècle dans toutes les contrées d’Europe la distillation de produits agraires variés :

Orge pour l’eau bénite devenue whisky en Ecosse et en Irlande

Orge ou le genièvre pour le gin en Hollande et en Angleterre

Maïs et blé pour la vodka en Pologne et en Russie

Fruits pour le schnaps en Allemagne

Houblon pour la bière

Il ne fallut pas longtemps, pour dresser des barrières au développement de la consommation des alcools qui apparaissait comme un fléau national, pour la France en particulier.

L’arrêt du Conseil d’Etat du Roi du 15 Février 1786 limitait la circulation des alcools, tout particulièrement à l’entrée de Paris. (voir aussi 14 juillet ) (20)

Ces directives allaient être contredites seulement 20 ans plus tard, par l’instauration du privilège des bouilleurs de crus, créé par Napoléon en 1806 ; Mais là, les raisons politiques prévalurent.

Ce n’est qu’en 1960, avec Mendès France que sera remis en cause la transmission automatique du dit privilège, qui aujourd’hui n’est plus qu’un souvenir, malgré l’existence encore de 2,5 millions de bouilleurs ! !

Le XIX siècle pouvait être considéré comme le siècle de l’alcoolisation :

D’abord , il y eu l’alcoolisation bourgeoise avec les boisons « apéritives » et « digestives » dont le degré d’alcool augmentait jusqu’à des taux supérieurs à 60/70°. Tel fut le succès de l’absinthe, « la fée verte » mise à la mode par le mouvement littéraire de l’époque ( Verlaine, Rimbaud, Baudelaire…) les peintres ( Van Gogh , Toulouse-Lautrec et Degas).

Puis ce fut l’alcoolisation du monde ouvrier avec la trilogie célèbre : prolétariat, misère, alcool. Les alcools dit « de qualité » étant trop chers, le « peuple » se contentait alors des produits frelatés, et autres « bibines » qui gagnaient toutes les catégories et tous les âges ( vieillards, femmes, conscrits, nourrissons…) (21)

S’ensuivirent, des mouvements contradictoires de libéralisation et de répression côté des gouvernants et des lobbies alcooliers, et des constitutions d’associations de défense ou de lutte, côté des consommateurs et des éducateurs..

Fusent et se multiplient les traités et les ouvrages politiques ,scientifiques, d’hygiène et d’éducation.

Malgré cela, la France garde le triste privilège d’être un des plus grands consommateurs de boissons alcoolisées.

Exprimée en quantité annuelle d’éthanol, la consommation était de 14,6 litres par français en 1831, 31,1 litres en 1931 et de 28,8 litres en 1955. En 1985, la France était toujours dans le peloton de tête avec 13,5 litres d’alcool pur.

Loi Evin oblige, le paradoxe français tient bon ! Jamais à l’aube du 3ème millénaire, on a autant lu, écrit, bu, parlé, acheté, conservé, vendu, vu, fêté, imaginé, consommé, dégusté, encensé, médaillé, distribué, publié sur le vin ou du vin.


47/16 Février

LE ROI DES BUVEURS OU LE DÉMON ALCOOL

Le 16 Février 1911, le Journal, « L’Humanité » titrait « Assez de victimes aux travailleurs » sous l’égide de l’Association des Travailleurs Anti – alcooliques.

Pour faire suite, au Roi Alcool ( 15 février), il nous semble opportun de revenir sur le fléau.

Malgré les recommandations de Louis Pasteur « Un repas sans vin et comme un jour sans soleil »et « le vin est la plus hygiénique des boissons », on ne peut passer sous silence les méfaits de l’abus d’alcool et la façon dont nos sociétés a à y faire face.

Boire est un phénomène intrinsèquement social. « Dis moi donc avec qui tu bois et je te dirai qui tu es ». «S i tu bois seul, tu n’es qu’un ivrogne banni de la société ». Boire était l’apanage des hommes, pour se donner du courage, une forme de virilité, en se retrouvant dans tel estaminet, ou bistrot. Boire c’est donner libre cours à la parole, au parler vrai.

André Bernand , anthropologue, souligne que boire ensemble est un « acte de réciprocité et de communion » et que par l’excès l’individu devenu ivre, se met « hors normes » par sa revendication individuelle de l’excès.

Offrir à boire demeure un geste d’hospitalité et ce depuis les temps anciens à l’instar de Dionysos offrant le vin à Icarios jusqu’au cérémonial de la réception des invités au sein de sa maison, qui commençait par la séance de l’apéritif. L’alcool devient l’attribut du maître de maison. Quant à savoir quel vin servir ? Il est fonction de l’hôte. A tel hôte, tel vin. (22)

L’alcool source de danger, mais aussi compagnon face aux dangers. L’histoire nous démontre comment les humains ont affronté la peur, le « quart de vin » pour le poilu de la Grande Guerre, les alcools forts pour les marins pêcheurs partis dans les hautes mers, les « litrons rouges » pour les mineurs de fond, les whisky et cognac pour les travestis qui se prostituent le long du périphérique parisien.

Le sommet de la déchéance s’exprime avec les femmes qui succombent par leur faiblesse à ce démon. C’est l’alcoolisme féminin. Mais Jean Rainaut neuropsychiatre distingue d’autres formes d’alcoolisme :

L’alcoolisme d’entraînement : « Il est des nôtres, il a bu son coup comme les autres »

L’alcoolisme mondain : sous couvert des bonnes convenances, la bourgeoisie ou l’aristocratie, les « cadres d’aujourd’hui » n’échappent pas à ce phénomène qui reste beaucoup plus diffus . On passe du gros rouge au vin d’honneur !

Que dire aujourd’hui des chants à boire ?

N’avons nous pas tous chanté à l’unisson :

« Chevalier de la table ronde, Si je meurs ,je veux qu’on m’enterre

Goûtons voir si le vin est bon Dans une cave, où il y a du bon vin

S’il est bon, s’il est agréable, Les deux pieds contre la muraille

J’en boirai jusqu’à mon plaisir ; et la tête sous le robinet

J’en boirai cinq à six bouteilles Sur ma tombe, je veux que l’on inscrive

Une fille sur les genoux.

Si je meurs, je veux qu'on m'enterre

Dans une cave où il y a du bon vin

Les deux pieds contre la muraille

et la tête sous le robinet

Sur ma tombe, je veux que l'on inscrive

Ici gît le roi des Buveurs...."

Désirs d’ivresse, Alcools, rites et dérives, Collection Mutations « Autrement » n° 191 février 2000


48/17 Février

L’ESPRIT DU VIN OU LE VIN DES PHILOSOPHES

En hommage au philosophe italien Giordano Bruno mort, brûlé vif le 17 février 1600 à Rome, nous proposons une escapade philosophico-oenologique.

« Le vin est la caverne de l’âme » Convivia, Erasme (Philosophe)

Il y a un lien étroit entre le viticulteur alchimiste et penseur, et le philosophe spirituel et buveur .

De l’Antiquité à nos jours , depuis Platon jusqu’à Michel Onfray, on ne compte plus les écrits et pensées sur l’intelligence du vin. « In vino veritas ». Il est vrai, que la « vérité est dans le vin »

Le vin constitue le patrimoine de l’humanité, et c’est ainsi qu’il ne peut échapper à l’interrogation des philosophes .Car les philosophes doivent beaucoup au vin, pour leur inspiration certes, mais aussi pour leur enivrement, l’un ne pouvant pas aller sans l’autre.

L’histoire ancienne nous offre une abondante littérature dont les œuvres ont généralement pour titre ou recueil : « le banquet » ( Athénée, Erasme,Julien, Petrone, Plutarque, Xenophon )

A quoi sert le vin ? Source d’illumination intellectuelle, il renferme sa pérennité existentielle en réapparaissant indéfiniment à chaque millésime. Le vin n’est-il pas le liquide qui vit le plus longtemps et possède en lui le principe d’éternité. Le vin définit l’essence humaine.

De plus grâce au vin ,nous accédons à la connaissance suprême, celle de faire appel à nos cinq sens à la fois. C’est l’appel des cinq sens (cf Michel Serres) , c’est donner un sens au vin, c’est aller dans le sens des appels du vin.

C’est Rabelais qui a le mieux démontré les liens entre philosophie et vins. A « Dive bouteille » tu consacres la vigne.

L’histoire de la philosophie française nous démontre combien les philosophes comme Rousseau (23), Diderot (24), Voltaire s’appuient sur l’imaginaire du vin, comme un moyen de préparer à la fête collective, levant tous interdits.

Plus récemment, au-delà du concours inassouvi des écrivains et poètes sur les raisons fondamentales et transcendantales du vin dans notre existence, des penseurs comme Bachelard (25) ou Michel Onfray (26) confirment le côté hédonistique de la substance. C’est tout l’art de la dégustation pour exprimer la juste intuition de la vérité.

Comment un vin peut-il porter dans sa liquidité, l’essence même de ce qu’ont été vigne, cépage, terroir et la transformation alchimique ultime. Bachelard considère « le vin et la vigne des alchimistes »comme des archétypes substantiels du monde de la matière.

« C’est vraiment une substance hiérarchisée qui est sûre de ses bienfaits ».

Il y a aussi ce que Onfray nomme « l’éthylisme éthique de Kant », à savoir qu’il vaut mieux une ivresse par le savoir, qu’une avilissante beuverie.

Le vin des philosophes, une quête sublime, moyen d’existence et de subsistance de la matière vers l’esprit

« Il est récipient de temps magnifiés, transcendés, sublimés » nous dit Michel Onfray. »

« Il n’est pas d’art sans créateur qui le produit et sans récréateur qui l’accomplit » dit- il par ailleurs.((27)

Saint-Emilion, photo Marc Heimermann

On ne se lassera jamais de remonter aux sources imaginaires pour s’élever vers d’inlassables interprétations aptes à la communication débordante ou à l’introspection intime.

On peut partager avec délectation la « philosophie du Chinon » comme « la théorie du Sauternes » et ainsi délaisser un temps les chanteurs de nectar ou les causeurs du pinard. (28)


49/18 Février

UNE GRANDE DAME EN CHAMPAGNE.

Un jeune femme, née Jeanne Alexandrine Mélin perd brutalement son mari le 18 février 1858.

Elle a 39 ans et se trouve ainsi avec ses deux enfants à la tête d’une entreprise de vins de champagne dont les destinées vont en faire l’une des plus célèbres maisons de Reims. (29)

Madame Veuve Pommery, Archives Maison Pommery

Lorsque Madame Veuve Pommery s’éteint à son tour le 18 mars 1890, elle est célèbre dans le monde entier. Elle lègue un domaine dont la production dépasse les deux millions de bouteilles.

L’itinéraire mouvementé de cette célèbre Maison est magistralement relaté par un de ses descendants, œnologue, le Prince Alain de Polignac.

La maison Pommery, outre le prestige de ses champagnes, possède de riches collections et références au monde de l’art. Elle possède aussi un objet étonnant de par sa taille : le grand Foudre de Emile Gallé, maître ébéniste à Nancy.

D’une contenance de 75 000 litres, soit près de 100 000 bouteilles, il est aujourd’hui l’un des plus gros du monde.

Alain de Polignac résume l’histoire de cette grande dame à la fin de l’ouvrage dédié à son aïeule en ces termes :

« Le Domaine peut se lire comme un livre d’images, comme l’étaient les cathédrales lorsque les gens savaient. Tout ce qui fait l’esprit de Pommery est pratiquement là, écrit dans la pierre par la seule volonté de cette femme de génie et de cœur. »

Si vous passez par Reims, ne manquez pas la visite de la Maison Pommery aujourd’hui propriété du Groupe LVMH, après avoir été successivement celles des Groupes Gardinier, et BSN.

Un joyau également financier sans aucun doute.


50/19 Février

LE ROI LOUIS XVI, DÉFENSEUR DES VINS

Louis XVI

C’est en effet par Arrêt du Conseil d’état du Roi et lettres patentes…que Louis XVI en date du 19 février 1787, accepte d’augmenter les déductions accordées aux Propriétaires, Vignerons et Laboureurs sur les boissons provenant de leurs récoltes.

« Sa Majesté a jugé digne de sa bonté de donner cette nouvelle preuve de sa sollicitude paternelle pour une classe de ses sujets d’autant plus chère à son cœur, qu’elle est infiniment précieuse à l’Etat. »

Deux semaines plus tôt, soit le 5 février de la même année, le Roi publiait des lettres patentes portant défense d’introduire dans les vins, cidres et autres boissons quelconques, la Céruse, la Litharge ou toutes autres préparations de plomb ou de cuivre.

On lui avait rapporté que pour clarifier certaines boissons, plusieurs viticulteurs usaient de telles pratiques. Aussi ceux qui s’avisaient de poursuivre de telles pratiques se verraient condamner à trois années de galères.

« Cher Louis XVI, rien que pour cet édit, le bon peuple des francs buveurs aurait dû réclamer votre grâce ! Finement établi. » (30)


51/20 février

PASSION ET AMOUR DES LIVRES BACHIQUES

(dans le calendrier 2007, nous sommes Mardi Gras qui est enregistré le 27 février.

Comment ne pas associer un événement qui s’est déroulé le 20 février 1993, à savoir la dispersion en vente publique, à l’hôtel Drouot, de la collection Killian Fritsch, réunissant plus de six cent livres sur le vin, avec le jour de la célébration de Sainte Aimée.

Aimer les livres et plus particulièrement ceux qui sont dédiés aux vins, à la viticulture, à l’œnologie, à la littérature sur le monde du vin, est la démonstration qu’il y a bien une puissance affective à vouer une dévotion à tout ce qui a trait aux vins par la possession d’une véritable bibliothèque bachique. Ce qui fut le cas de Fritsch dont la vente attira l’attention des passionnés de livres sur le vin. Cette riche collection d’ouvrages comportait des originaux pour la plupart datant du XVI siècle.

A cette occasion, Gérard Oberlé a publié chez Loudmer ( commissaire priseur ) un magnifique catalogue de plus de trois cents pages faisant l’inventaire de cet ensemble de livres totalement dédié au vin et démontrant ainsi que la vigne reste la seule nourriture terrestre a avoir suscité tant de vocation livresque.

Fin de l’année 2000, la Bibliothèque de Dijon, dans le cadre du mois du « patrimoine écrit » exposait une intéressante collection de vieux ouvrages sur le vin et la vigne.

Le catalogue édité à cette occasion en fait un inventaire prestigieux.

Un chapitre de cet ouvrage, traite de la collection de Bernard Chwartz, unique en son genre. Ce collectionneur averti estime détenir plus de 6000 références.

Une passion que nous partageons avec plus de modestie, mais qui démontre qu’une bibliothèque bachique a autant d’attrait qu’une oenothèque.

De vignes en livres, c’est la passion littéraire du monde des vins ou plus exactement l’ivresse des écrits œnologiques.



52/21 Février

PAS DE VIN SANS PEPIN

Certain calendrier honore Saint Pépin le 21 Février. A quel Pépin se référer ? A Pépin Ier (père de Sainte Gertrude) ou Pépin II (père de Charles Martel) ou enfin de Pépin III dit Pépin le bref (père de Charlemagne voir 28 janvier). Ces trois Pépins n’ont en tous les cas pas de rapport avec le vin. Et pourtant pas de vin sans pépin.

Le fruit de la vigne, qu’est le raisin nous dit qu’il est composé de baies, appelées grains de raisin.

Chaque grain ou baie comprend des pépins ou graines.

On dénombre de un à quatre pépins par baie.

Les pépins peuvent apporter du tanin au vin, comme la rafle, mais il faut éviter de les écraser au foulage afin que l’huile qu’ils renferment ne communique pas au vin un goût désagréable.

D’ailleurs, on commercialise aussi de l’huile de pépin de raisin dont l’avantage est de procurer de la vitamine E.


53/22 Février

ISABELLE L’ENNEMIE DE LA VIGNE.

Nous préfèrerons en ce 22 février fêter plutôt Isabelle que Marguerite (voir 20 juillet)., même si la sainte originaire de Toscane, mourut à cette date précise.

Isabelle était le prénom de Mme Gibbs originaire de Brooklyn qui donna le nom au cépage bien connu.

L’Isabelle était le deuxième plant américain après le Clinton, patronyme non moins célèbre ! ! !

Isabelle une fois introduit en France fut à l’origine de tous les maux du vignoble français, puisqu’il était porteur de l’oïdium apparu d’abord dans les serres anglaises ( 1845 ), et ensuite porteur du phylloxéra ( 1865 ).

Et pourtant Isabelle ce sont de magnifiques grains noirs au goût de fraise ou de framboise. C’est une vigne vigoureuse qui fut interdite de plantation en France en 1934.

Il subsiste cependant une soixantaine d’hectares dans la région des Alpes maritimes, donnant un excellent fruit de dessert. Isabelle se transforme ainsi en splendides tonnelles donnant une tout autre forme d’ombrage mais dans ce cas beaucoup plus salvateur.


54/23 Février

DU CANTIQUE DE LA VIGNE A L’ÉLOGE DU VIN.

Paul Claudel, grand écrivain tourné vers une intense foi religieuse, diplomate émérite, parcourut le monde entier au service de la patrie pour s’éteindre modestement dans un tout petit bourg du Bas-Dauphiné à Brangues le 23 février 1955.

Comment l’auteur du « Soulier de satin » a-t-il pu s’intéresser à la vigne et célébrer aussi intensément le vin ?

Reproduisons quelques extraits du « Cantique de la vigne » et de son « Eloge du vin » dont l’écriture nous interpelle.

« La vigne fille du déluge, et signe mystérieux de notre salut…

C’est un dieu sans doute et non pas un homme qui a inventé de faire tenir ensemble dans un verre

Et la chaleur du soleil, et la couleur de la rose, et le goût du sang, et la tentation de l’eau qui est prête à être bue !

Et s’il ne veut point le calice, il n’y a point besoin de la vigne !

Que ferons nous, qui ne puis être une femme qu’entre ses bras et une coupe de vin que dans son cœur,

S’il ne veut point accueillir cela qui n’a point de temps et qui lui vient d’ailleurs ? »

Empruntant le mot de « vertu » à son ami Paul Valéry, il nous dit aussi :

« Si la vertu a disparu de la terre , elle se retrouve au fond des bouteilles….Il y a dans le mot profond de vertu, à la fois une idée de sève, une idée de vaillance et de force virile, d’honneur, de pureté et de droiture….

Le vin est fils du soleil et de la terre, mais il a eu le travail comme accoucheur.

Le vin est le professeur du goût….il est le libérateur de l’esprit, et l’illuminateur de l’intelligence….

Le vin est le symbole et le moyen de communion sociale… »

A quelques encablures des petits vignobles de St Chef, en passant par Morestel pays des couleurs, allez vous recueillir un instant au fond du parc du Château de Brangues, sur la tombe de ce poète diplomate et amoureux du vin et du divin.

Château de Brangues


55/24 Février

LES CONFRÉRIES VINEUSES CHANTRES DES VINS.

Nous sommes en plein Carême, dans la pratique catholique, mais c’est aussi la période des carnavals propices à la célébration des fêtes bachiques. Ainsi sont nées les premières confréries vineuses dont celle de la Confrérie du Rey de la Poda née le 24 février 1529 à Gaillac devenue l’ordre de la dive bouteille en 1947;

On nous signale que les plus anciennes remontent au XIIe siècle :

L’Antica confraria de la Galinière à Béziers de 1140 rénovée en 1967

La Jurade de Saint- Emilion fondée en 1199 et ressuscitée en 1948

La Commande majeure de Roussillon de 1374 rénovée 590 années plus tard

La Confrérie de Saint Etienne née au XIV siècle en Alsace et réactivée en 1947

Du XVIIe au XVIIIe siècle, la Provence était devenue la terre de prédilection des ordres de la chevalerie bachique. Comme le souligne J.F.Gauthier, le « savoir – fête passe souvent par le savoir- boire » (31)

La caractéristique et le rite d’une Confrérie se fondent sur un certains nombre de critères à savoir :

Date de la fondation

Lieu de naissance

Siège social

Nom et appellation

Titres des dignitaires

Titres des intronisés ou membres honoraires

Insigne ou emblème

Costume

Dates et célébrations des Chapitres

Référence religieuse, historique ou littéraire

Chansons et rituels

Phénomène culturel par excellence, la confrérie tire ses racines de l’histoire originelle. Gilbert Garrier s’exprime en ces termes :

« Le vin fruit de la vigne et du travail de l’homme, ne saurait être pris comme un simple bien de consommation. Compagnon de l’homme depuis des millénaires, le vin tient à la fois du sacré et du profane. Il est une valeur de la civilisation et un critère de la qualité de la vie. Il constitue un bien culturel. Il est un facteur de vie sociale. » (32)

Pénétrer dans le monde des Confréries, c’est accepter la découverte d’un patchwork folklorique des plus subtils mixant tous les ingrédients d’une science anthropologique et ethnologique.

Nous citerons les destinées originales, symboliques de quatre grandes Confréries aux horizons extrêmes et proches à la fois qui ont choisi la sainteté pour protection des vignes et du vin, situé sur l’axe Rhin – Rhône :

  • Saint Etienne (26 décembre) pour la Confrérie Alsacienne siégeant au Château de Kientzheim près de Colmar.
  • Saint Urbain (19 décembre) pour la Confrérie Helvète siégeant à Vevey.
  • Saint Vincent (22 janvier) pour la Confrérie Bourguignonne et Mâconnaise siégeant à Mâcon.
  • Saint Marc (25 avril) pour la Confrérie Rhodanienne siégeant à Villeneuve- les- Avignon.

Instruments de promotion, les Confréries maintiennent le culte du bon vivre et demeurent les hauts lieux de réjouissances rapprochant les hommes du labeur de ceux du « grand monde »

Elles relèvent de notre patrimoine culturel et n’ont rien d’un folklore naïf propre à des sectes.


56/25 Février

LE SANG BRÛLÉ DU DRAGON OU LE SANG DU TURC.

Située à l’entrée de la vallée de Munster, toute proche de Colmar, la petite citée fortifiée de Turckheim est associée à une légende localement célèbre qui raconte l’histoire du Dragon du Drachenloch. (1)

Entre Vosges et Forêt Noire, s’étendait un lac sombre et immense, peuplé de monstres lacustres. Un jour un immense dragon échoua sur les bords du Letzenberg qui formait un îlot. Sortant sa tête hors de l’eau, il fut ébloui par les rayons ardents du soleil, au point qu’il chercha immédiatement à se réfugier dans une sombre et étroite caverne. Il voulut ressortir de ce lieu exigu et ne le put. De rage, il s’agita à un point qu’il fit trembler tout le secteur au point que la vallée se vida de son eau. Blessé par sa furie, il répandit son sang brûlant, qui avait alors fécondé la terre, là où le soleil dardait au mieux ses rayons.

Le dragon prisonnier de sa caverne mourut de faim.

Lorsque les hommes attirés par cette contrée y élurent domicile, ils découvrirent les ossements dans la caverne qui pris pour nom le « Drachenloch » (le trou du Dragon). (33)

C’est ici, en ce lieu légendaire, et pour cette raison, que le raisin mûrit le mieux, en donnant le vin le plus délicieux et aujourd’hui le plus célèbre du vignoble alsacien, désigné sous le nom de « Brand » (brûlé).

Vin exceptionnel à base de pinot noir, il échauffe aisément les esprits des buveurs non avertis.

Y aurait-il un lien avec la décision du Maire, qui le 25 février 1908 opposa les scellés « sur un tonneau de vin rouge qui après en avoir bu rendit malade les gens de Horoth, dans le val de Munster » ?

Après enquête, on découvrit qu’il s’agissait de vin frauduleux ayant subi une fâcheuse mixture !

Toujours est-il, que Turckheim (maison du Turc ?) reste un village associé au vin noir (contrairement à la prolifération des vins blancs d’Alsace).Se dressent à pic, derrière le village, les pentes ensoleillées du Brand Grand Cru, sur lesquelles on été plantée une forte proportion du cépage Pinot gris, dont le vin de couleur sombre portait aussi le nom célèbre de « Sang de Turc ».

Village fortifié, Turckheim connu autrefois de nombreuse batailles (des Turcs à Turenne), dont subsistent aujourd’hui trois portes ( Brand, Turenne, Colmar ).


C’est d’une porte à l’autre, que tous les étés, les habitants du village peuvent entendre chaque soir vers 22 heures, le veilleur de nuit rappelant aux villageois de surveiller chandelles et lumières.

Une autre façon de se souvenir que le feu de la lumière c’est comme le « brand » de la vigne.

« Zu Turckheim, im Brand,

Wachst d’r beschte Win im Land ! »

Turkheim Porte ouest : vierge aux deux enfants Photo Marc Heimermann


57/26 Février

DE SAINT NESTOR A LA PALME DU VIN

Le dicton du jour : « S’il tonne en février, point de vin tiré »

C’est aujourd’hui la Saint Nestor et l’histoire se passe dans la petite commune de Saint-Nestor administrée par un des plus vieux maire de France qui cherche à briguer un nouveau mandat. Mais une liste d’opposition s’annonce. Aidé par une agence de communication, le vieux maire va tenter de déjouer astucieusement les assauts de l’opposition. Cette pièce s’intitule : « Les tigres de Cantagasse »

L’auteur Yves Garric s’est spécialisé dans la création de petites pièces de théatre maniant l’humour et la poésie.

Et c’est parce qu’il vient de publier récemment une nouvelle pièce intitulée « La palme du vin », qu’Yves Garric mérite de figurer en bonne page, jour de la Saint Nestor.

L’histoire de cette pièce met en scène les tribulations d’une famille de vignerons aux prises avec le réchauffement de la terre, dans les années 2070 ! Un sujet grave pour une drôle de comédie.

 

planche 4 des "7 boules de cristal" éditions Castermann


58/27 Février

BAS LES MASQUES POUR LA CUVÉE DU MARDI GRAS

Extrait du Grand livre des vins d’Alsace, Guy Jacquement et Emile Jung

Nous sommes à quarante jours de Pâques, c’est la période officielle dite du Carême dans la coutume chrétienne. Le 27 février tombe un mardi en 1900, 1990 et en 2007

Le Carême s’oppose au Carnaval.

Adieu à la chair et bonjour le vin.

Bas les masques de la dérision et envahissons les caves.

Les illustrations photographiques font l'objet de l' Annexe N°3

1 A Cournontéral (Hérault) combats de paillasses dans un flot de lie de vin. Les vignerons de Claude Royer (35)

2 Habit de cabaretier, dans Histoire sociale et culturelle du vin p129

3 Monument aux girondins ( l’art du vin à Bordeaux)

4 Banquet allégorique d’animaux dans les Fastes de Bacchus et Comus planche1033

5 Le roi du carnaval buvant au goulot De Dusat Cornélis ( dito ) planche 1040


59/28 Février

BENI SOIT SAINT ROMAIN OU LE VIGNOBLE DE

SAINT-ROMAIN.

Nous sommes autour des années 420, deux frères Lupicin et Romain naissaient dans la région du Bugey , connu aujourd’hui par la renaissance de son vignoble.

Attiré par l’isolement et la méditation, Romain quitta cette région pour fonder dans le Jura une communauté autour d’un prieuré appelé Condate qui donna le nom à la ville de St Claude.

Romain mourut en 463 et c’est un 28 février 468, soit 5 ans plus tard que mourut le pape Hilaire .

Coïncidence entre Saint Romain et Saint Hilaire ( voir 14 janvier ), ils se retrouvent au cœur des côtes de Beaune. En effet, un village des plus pittoresques de la Côte, se nomme Saint Romain. Il est construit sur les ruines du prieuré St Hilaire qui dépendait de l’abbaye de Cluny.

Il est fou ce Saint- Romain, car il s’agit là à la fois d’un prestigieux terroir et d’une appellation digne de ses illustres voisins que sont les Montrachet, Meursault, et autres Chambolle- Musigny.

C’est sous la houlette d’un enfant du pays Roland Thévenin, devenu maire, que la commune put bénéficier de l’appellation Saint- Romain en 1947.

A l’instar des poètes, il s’exprime sur Saint- Romain, sans réserve :

« Je t’aime pour tes automnes joyeux et colorés

Lorsque les vendangeurs rejoignent leurs maisons

Suivant les lents chariots, garnis de grands paniers

Dont le raisin parfume de rouges horizons »

Le Saint- Romain, un vin de rêve, charnu et floral à la fois, d’une couleur jaune confirmant la présence de Chardonnay.

Ce vignoble comprend autant d’hectares que la population du village de Saint- Romain, soit 280 ! Cet espace viticole abrité sous les falaises calcaires, produit là un vin digne du vignoble français que Roger Dion qualifiait de « monument romain » ! ! !

A noter la sympathique histoire de la famille Buisson, présente depuis le Moyen- Age dans ce village vigneron. En effet le domaine Henri et Gilles Buisson comprend 14 ha de crus de prestige. Ne manquez pas de faire halte à leur caveau de dégustation situé au centre du village.

Saint -Romain est aussi présent dans deux autres communes viticoles du même nom : Saint- Romain-en -Gier et Saint- Romain- en- Bellet.


N’oublions pas non plus de mentionner la non moins célèbre confrérie vigneronne des côtes rôties « Le grand Ordre de Saint- Romain » du nom d’un des Papes d’ Avignon qui n’aurait régné que quelques mois à la fin du IX siècle , et pourrait avoir succombé à une cirrhose du foie, pour avoir trop goûté les vins locaux dans la perspective de les emporter vers sa ville d’origine.


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